Les pêcheurs artisanaux de Toamasina craignent sur l’avenir de leur métier. La baisse des captures et l’absence de l’appui de l’État menacent leur activité.

L’inquiétude monte chez les pêcheurs artisanaux de Toamasina. La capture de poissons dans leur zone de pêche diminue dangereusement depuis les cinq dernières années.
Si auparavant,une campagne de trois jours en haute mer donnait jusqu’à 500 kilos, avec un petit bateau de 50 chevaux, les pêcheurs ne ramènent plus aujourd’hui que 150 à 200 kilos au maximum, pour la même période. Une baisse de production, qui est encore doublement pénalisée par l’absence d’appui de l’État, à l’endroit des pêcheurs traditionnels. La subvention de carburant utilisé par les embarcations, réclamée depuis des années reste sans suite.
«Madagascar est l’ un des très rares pays au monde où la pêche artisanale n’est pas subventionnée. L’État impose des conditions impossibles à appliquer avant de nous donner cette faveur», déclare Jaonina Achille, président de l’association Tazara, regroupant près de 200 pêcheurs artisanaux de Toamasina.
Bateaux illicites
La baisse de ressources due à un effort de pêche trop important, ainsi que le changement climatique, expliquent cette diminution de la capture. D’après le témoignage des pêcheurs, les poissons de fond qui constituent leurs principales prises, deviennent de plus en plus rares. Ils se posent également la question, si certains bateaux de pêche étrangers qu’ils croisent dans leur zone de pêche n’opèrent pas de manière illicite en toute quiétude. «Je pense qu’on devrait communiquer aux pêcheurs artisanaux, la liste des bateaux autorisés à pêcher à Madagascar, pour que chacun puisse signaler si des pêcheurs illicites opèrent à l’intérieur de notre territoire», suggère un membre d’équipage de l’un des 15 bateaux de l’association Tazara.
La production des membres de l’association Tazara représente près de 200 tonnes à l’heure actuelle. Elle sert à approvisionner principalement le marché de Toamasina et ses environs, ainsi que celui de la capitale et fait vivre directement près de 1000 personnes. Cette baisse entraîne donc une pénurie sur le marché et met automatiquement la pression sur le prix. Tazara est la première association de pêcheurs artisanaux créée à Madagascar au début des années 90. C’est l’un des interlocuteurs directs dans ce secteur, aussi bien pour l’adminstration que pour les bailleurs de fonds. Elle tire aujourd’hui la sonnette d’alarme sur les éventuels impacts du projet Ambatovy sur les ressources marines concernant notamment le rejet d’eaux usées.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4589 du 15-04-2010