Entre l’Algérie de Rhamtan Lamara et la petite sœur Maurice qui sont officieusement contre les sanctions prononcées par l’Union africaine, Madagascar tient la tête haute.

Ici à Paris, la petite dizaine de personnes composant la délégation malgache au Mondial du Tourisme 2010 sont chacune au courant de la décision de l’organisation panafricaine à l’endroit de notre pays. Mais on évite d’en parler. On se concentre sur la promotion de la Grande Ile aux visiteurs qui ont littéralement assailli le stand malgache.

D’après l’un des vice-présidents de l’Office régional du tourisme d’Analamanga, « les visiteurs sont plein  d’engouement ». « Ils affichent un réel désir de venir chez nous. Ils viennent confirmer ce qu’ils ont déjà entendu auprès des agences de voyages ou de tour operator de Paris ou ce que leurs amis et collègues ont raconté après un séjour à Madagascar ».

     Les questions ne portent généralement que sur les produits.

« Généralement, nos visiteurs veulent partir pour 2 ou 3 semaines. Pour un séjour de 2 semaines, nous leur conseillons de choisir entre le nord et le sud du pays car le pays est trop vaste pour se faire visiter et apprécier en si peu de temps ».
« Oui, il y ont eu quelques personnes qui ont voulu s’enquérir de la situation de la sécurité mais quant à la crise politique, personne n’en a touché mot », répond notre interlocuteur. Personnellement, nous avons interrogé une dizaine de visiteurs sur l’intérêt qu’ils portent sur la Grande Ile et leurs connaissances sur la situation dans le pays. Généralement, ils étaient informés de la destination par des amis ou des responsables des associations humanitaires intervenant à Madagascar. Sur la crise pour laquelle l’Union africaine vient de sanctionner Madagascar, la majorité se dit n’être au courant de rien. Un couple originaire de la Bretagne dit avoir été mis au courant par leur association qui se mobilise pour la construction d’une école dans la Grande Ile mais avoue que d’après ce qu’on leur a rapporté, « tout ne serait pas comme ce que les parlementaires européens pensent ». Un autre, habitant Paris, s’est même offusqué quand nous leur avons demandé s’il va maintenir son projet après que nous lui avions annoncé qu’il y a une crise politique à Madagascar. « Et pourquoi nous n’entendons rien ? En tout cas, ces gens sont-ils fous de se dépenser autant pour participer à ce salon s’ils ne croient pas en ce qu’ils font ? ».
        En fait, on évite ici de parler des sanctions d’abord parce qu’on n’a pas vraiment le temps pour cela, mais aussi et surtout parce qu’on croit au développement du tourisme à Madagascar. Depuis le début de l’année, selon l’Office national du Tourisme, Madagascar s’est démené pour conquérir le marché. Après le salon international de Madrid, on est parti à Milan puis à Berlin et depuis hier, on est au Mondial de Tourisme de Paris qui attend environ 100 000 visiteurs jusqu’à dimanche. Avec plus de 300 destinations (villes et pays), la manifestation est couverte par 600 journalistes du monde entier.
        Quant on voit l’engagement de tous les participants du pays à ce salon, on mesure la foi qui les anime. Jusqu’à très tard, dans la nuit de mercredi à jeudi, Joël Randriamandranto (Président du Conseil d’administration de l’Office national) et Vola Raveloson (Directrice exécutive de l’Office national) étaient par exemple toujours en train de peaufiner le stand Madagascar.
        La première journée d’hier est pleine d’espoir avec l’afflux des visiteurs. Une affluence telle que les bulletins de participation pour une tombola gratuite permettant le séjour de 2 personnes pendant une semaine à Diégo Suarez ont été épuisés en un peu de temps. Les grands posters gratuits affichant l’illustre allée des baobabs ou le grand sud n’ont pas pu satisfaire les besoins.
        Il est vrai que par rapport à l’Algérie qui a des réserves en devises de quelques centaines de milliards de dollars avec son pétrole et Maurice qui consacre environ 8 millions d’euros dont 100 000 pour le seul Mondial de Paris (il est l’un des sponsors de la manifestation), Madagascar fait figure de lilliput en termes de moyens. En termes d’atout, la Grande Ile n’a cependant rien à envier aux autres. « C’est la destination d’avenir », croit M. Randriamandranto. Ce dernier évite plus de commenter les décisions de l’Union africaine. Son engagement et la mobilisation connue ici au Parc des Expositions de la Porte de Versailles par la petite colonie malgache permet d’affirmer que Madagascar et son tourisme ne mourra pas des sanctions de l’Union africaine.
Extrait La Gazette de la Grande île – Samedi, 20 Mars 2010