L’exploitation illicite du bois de rose détruit l’environnement dans les parcs nationaux. Et pourtant elle ne profite qu’à une minorité. Il est maintenant de mettre fin au pillage.

La filière bois de rose brasse des milliers de milliards d’ariary et fait de nombreux nouveaux riches parmi les opérateurs économiques de la région SAVA, mais également parmi les dignitaires et les proches du régime transitoire. Les privilégiés de ce commerce interdit mais provisoirement autorisé s’arrachent actuellement les nouvelles voitures et les somptueuses villas. Malheureusement, la filière ne profite qu’à une minorité. Non seulement, la Région SAVA est totalement écartée du processus, mais les pauvres coupeurs, les petits exploitants et même certains opérateurs locaux ne récoltent que les miettes.

Simples exécutants

Sur le plan de la gestion du bois de rose, tout d’abord, la Région est totalement exclue. « Nous sommes totalement exclu du processus » affirme d’ailleurs Abdillah, le Chef de la Région quand il avait rencontré dimanche dernier la délégation des bailleurs de fonds venus s’enquérir de la situation actuelle de l’exploitation du bois de rose. En fait, les autorités régionales, dans le contexte actuel ne sont que de simples destinataires et exécutants des décisions prises par le gouvernement central. « On nous impose la Task Force dont pour certains éléments, on ne sait plus s’ils sont là pour défendre l’intérêt public ou pour être complices des trafiquants » ajoute un autre responsable régional qui se plaint par ailleurs du fait que la Région n’a aucune part dans les redevances et autres droits collectés dans cette affaire de bois de rose.

75% de pauvres

Et pourtant ce sont des milliards et des milliards de recettes qui y circulent. Pour ne citer que les 72 millions d’ariary à payer par container de bois de rose ayant fait l’objet d’opérations illicites. Tout est versé au niveau central et la région ne reçoit rien. Et pourtant si la région avait droit effectivement à sa part de recettes, elle aurait pu engager des actions pour lutter contre les carences et la pauvreté qui y sévit actuellement.  Faute d’infrastructures par exemple, 60% de la population régionale de la SAVA n’ont pas encore accès à la télévision. La pauvreté y connaît une proportion inquiétante car selon les dernières statistiques, 75% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. En ce qui concerne la frange de la population concernée par le bois de rose, elle n’en tire que très peu d’argent. Les coupeurs, transporteurs et petits intervenants de la filière ne reçoivent par exemple qu’environ 10.000 ariary par jour. Et pourtant leur travail est très dure puisqu’ils sont obligés, par équipe de 4 à six personnes d’abattre, écorcer, tronçonner, puis tirer des rondins pesant entre 500 Kg et 1 tonne chacun à travers une brousse dense et des terrains escarpés et rocheux vers un cours d’eau pour être transportés par la suite par radeau.
En somme, ce sont les gros bonnets et les trafiquants de tout genre, et aussi l’administration centrale qui tirent de grands profits de la filière bois de rose. Raison pour laquelle,d’ailleurs, certaines autorités locales persistent à dire qu’il faut carrément arrêter le commerce du bois de rose. Un commerce qui tue l’environnement et qui risque aussi d’entraîner les sanctions de la communauté des bailleurs de fonds. Nous reviendrons encore sur certains aspects de cette filière dont la gestion est extrêmement délicate.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N°8083 du 10-03-2010