Les vieilles relations de voyages et d’explorations, si elles ne sont d’aucun intérêt scientifique, présentent un charme particulier par «la pittoresque fantaisie de compositions imprévues » (Raymond Decary). Ainsi, une ancienne gravure de 1601 représentant des villages qui bordent la baie d’Antongil, s’accompagne d’un fort joli texte écrit par Constantin de Renneville.
« Le 27 janvier 1596, on nagea trois canots vers terre, deux du côté du village de Spakenbourg qui était tout à l’ouest, et le troisième vers le village de l’est, marqué par le nom Saint Angelo sur les cartes, qui était entouré d’une forte valesade … Le village était composé d’environ 200 maisons et bien peuplé! Il y avait 20 hommes dans un corps de garde avec des rondaches et de longues javelines, et chacun une petite marque sur l’estomac pour se faire reconnaître…»
Poursuivant sa narration alors qu’il retourne vers le bateau, Constantin de Renneville parle alors de quelques petites maisons qu’il prend d’abord pour des corps de garde. « Mais on trouva que c’était des espèces de caves où il y avait apparence que les principaux du lieu étaient enterrés, car il y avait des puits auprès et de larges cornes pleines d’eau; et le tombeau était tout proche, couvert d’une petite natte. Le corps gisait dans un arbre creusé et mis dans une fosse, couvert d’un autre arbre aussi creusé et qui passait presque tout entier au-dessus de la terre ».
Dans ces récits de voyage, les reproductions de paysages sont cependant peu nombreuses en rapport à celles des personnages, « isolés ou groupés dans des scènes de mœurs et prenant parfois des allures tout à fait imprévues ». Telle cette description faite en 1722 par Copeau de Saussay.
« Les habitants sont de deux sortes, les Noirs et les Blancs: les premiers sont originaires du pays; les autres sont venus autrefois du Mozambique situés dans l’Île de Grase d’où ils sont chassés par le Tiran de Quiloë qui, s’étant rendu maître de leurs biens et de leur pays, les obligea par ses perfections d’en sortir. Ils s’embarquaient dans le dessein de chercher quelques îles inhabitées où leurs familles et eux puissent se retirer et fonder un nouvel établissement; ils échouaient en notre grande Île qui leur parut propre pour ce qu’ils méditaient…».
Puis le narrateur explique que ces migrants s’emparent des meilleures places, se multiplient tant et si bien qu’en peu d’années leur nombre égale celui des « naturels», et constituent « une nation beaucoup plus éclairée ». Ils savent lire et écrire « en hébreu », même si leur habillement n’est pas différent. « Ils vont presque nus à la réserve de leurs parties qu’ils couvrent, les gens du commun avec des feuilles de coco et les plus distingués avec une écharpe de soie ou de coton ».
Quant aux « grands » de la communauté, ils ont sur l’épaule un gaze de soie qui tombe assez bas pour qu’ils puissent s’en envelopper, sans oublier « une espèce de tablier » enrichi de corail ou quelque autre matière plus précieuse, avec au cou une chaîne d’or ou d’argent où ils attachent quelques colifichets d’Europe et leurs « ody ». « Ils n’oublient pas non plus de mettre des manilles autour de leurs bras et c’est leur plus bel ornement ».
Vient ensuite la description de la chevelure de ces « Olompoutchi » qui portent les cheveux fort longs et les femmes surtout les tressent « si délicatement qu’à peine s’aperçoit-on qu’ils le soient; mais aussi cela leur dure quelquefois un an entier ». Pour ce qui est des peignes, ils sont « encore plus naturels » que ceux avec lesquels on peigne le crin des chevaux.
On aborde enfin l’entretien capillaire. « Quand ils sont bien peignés, ils frottent la tête avec de la graisse de bœuf ou de mouton, de sorte qu’elles en paraissent toutes blanches; ensuite le soleil venant à darder ses rayons dessus, la fait fondre et cette graisse leur coule par tout le corps; c’est le seul moyen qu’ils trouvent pour le garantir de la vermine ».
Auparavant, Flacourt a déjà parlé de deux types d’habitants, « les Noirs et les Blancs », les « Lohavohits » ou maîtres du village et les « Olompoutchi » comme les appelle Copeau de Saussay et qui ne sont autres que des Zafindraminia d’origine arabe. Du reste selon Raymond Decary, ce dernier narrateur n’hésite pas à s’inspirer d’une manière immodérée d’une gravure de Flacourt, qu’il se contente de modifier « mais de quelle singulière façon! » D’où sa réplique à une autre gravure de Flacourt: « Le Rohandria prend une allure d’Apollon et l’enfant, en tenant une flèche à la main, ressemble à s’y méprendre au petit dieu de l’Amour ! »

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4544 du 19-02-2010