La Grande île affronte actuellement l’intensification de la désertification. Les deux tiers de la surface seraient concernés par la dégradation des terres.
Un scénario d’horreur en plus. Le phénomène de désertification qui touche surtout les zones arides et semi-arides du Sud, de par leur nature, connaît une amplification en ce moment. Le constat est sorti lors de l’atelier de renforcement de capacité de la société civile, sur la lutte contre la désertification à Madagascar, organisée par l’organisme Drynet, hier, au Colbert. Selon Herivololona Ralalarimanana, point focal de la désertification, « les deux tiers du pays sont actuellement concernés par le phénomène ».
Une situation qui inquiète, de plus en plus, non seulement les scientifiques mais surtout la population locale. Dernièrement, les habitants d’Androka, au sud de Toliara, ont manifesté leur crainte sur l’émancipation des dunes.
Changement climatique
« Les paysans sont désemparés en voyant la diminution de la surface cultivable. Cela est dû à la dégradation des terres, rencontrée entre le littoral, de Morombe à Faux-Cap », indique Thierry Rabarijaona, coordinateur national de Drynet. En ce moment, la désertification gagne progressivement la Haute-terre comme à Ihorombe.
La même tendance se confirme à Bezaha, à Sakaraha, avec la prolifération des « lavaka », occasionnée par les exploitations illicites de pierres précieuses. La désertification s’étend également à la partie Ouest à cause des feux de brousse. Toutes ces activités humaines dévastatrices accentuent de plus en plus la dégradation de la terre, ces derniers temps.
En tenant compte des données météorologiques, le changement climatique joue également un rôle important dans l’aggravation du phénomène. « Les variations climatiques, enregistrées entre 1950 et 1980, montrent des perturbations sur les quantités annuelles des précipitations et de la température. Une projection en 2050 prévoit une hausse de 1,6 à 2,6° C de la température, surtout dans le Sud en tenant compte du scénario », soutient Nirivololona Raoiliarijao, chef de service de la Recherche appliquée à la direction générale de la météorologie.
Cette amplification de la désertification risque de s’amplifier en l’absence de mesures adéquates, malgré l’existence d’un plan national de lutte contre le fléau, inspiré de la convention de Rio.
« Faute de financement, ce plan reste inappliqué. La solution consiste à mettre en synergie toutes les conventions relatives à la diversité biologique, le changement climatique et la désertification », poursuit Thierry Rabarijaona. Ces trois conventions se partagent la lutte contre la désertification dans certaines rubriques.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4492 du 18-12-2009