Le tabou sur l’interdiction d’élever des jumeaux dans le district de Mananjary tend à être moins strict. Des parents commencent à garder leurs bébés.

Émouvant. La salle de spectacle du Centre culturel Albert Camus à Analakely a été le théâtre d’une grande révélation, samedi. Trois parents issus de Mananjary et ayant des jumeaux, brisent le silence.
Dans cette partie de l’île, élever des jumeaux reste encore prohibé, selon la vieille coutume du XVIème siècle. Qu’il est touchant d’entendre le courage de Désiré, dont la femme a enfanté de jumeaux, seulement après six années de mariage. « Ce sont mes premiers efants, comment aurais-je pu abandonner l’un d’entre eux, c’est impossible », se souvient-il de ses épreuves, dix ans passés.
Témoignages vivants
Et de poursuivre que son couple a vécu des hauts et des bas face au rejet de la société Antambahoaka de Mananjary. « Mais aucun malheur ne s’est abattu sur notre famille, quand nous avons décidé de garder nos jumeaux. Ils grandissent normalement comme les autres enfants », rajoute-t-il. D’autres parents continuent à élever en cachette leurs bébés jumeaux pour leur épargner le rejet.
À leur tour, les enfants, lors de leurs intervention, ont exprimé leur reconnaissance envers leurs parents biologiques pour les avoir préservés de la malédiction. « Nous remercions papa et maman de nous avoir élevés comme tous les enfants. Nous avons pu aller à l’école, jouer et grandir normalement », témoignent Alain Jacques et Mike Angelicot Fara, âgés de 29 ans actuellement. Ces frères deviennent, à leur tour, des protecteurs des enfants nés jumeaux dans la tribu Antambahoaka, au sein du centre Fanatenane.
C’est dans ce sens que se dessine la lueur d’espoir pour les jumeaux de Mananjary. Depuis l’année dernière, où Alain et Mike ont commencé à sensibiliser les villageois, 14 jumeaux sont gardés au centre. « Dès que nous apprenons qu’une naissance gémellaire se prépare à l’hôpital, nous accourons vers les parents pour les convaincre de garder les bébés. Nous les persuadons par notre témoignage vivant », confie Alain. Puisque le tabou relatif à un mythe ancien prend au fur et à mesure un aspect économico-social, Alain et Mike, au nom de l’association Fanatenane, rajoutent d’autres justifications. « Nous offrons, en outre, du soutien financier et matériel aux parents, comme le lait de substitut ou autres », poursuit-il.
L’avancée de la lutte, malgré un freinage occasionné par la non-reconnaissance des autorités ancestrales et certaines hiérarchies étatiques, va dans le sens positif.
« Cette lutte nécessite la participation de toute la société. Avec la loi spécifique relative à la protection de l’enfant mise en place par le ministère de la Justice, dictant l’obligation de dénoncer tous les signes de maltraitance ou d’abandon d’enfants, nous avons de l’espoir », appuie le responsable de l’UNICEF, au cours de la rencontre.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4488 du 14-12-2009