À son arrivée à Madagascar, la première décision du général Gallieni après avoir exécuté quelques «chefs des rebelles», est de déchoir la dernière reine Ranavalona III. Ce, en abolissant la royauté par arrêté (!) le 28 février 1897. Il l’exile d’abord à La Réunion où se trouvent déjà de nombreux chefs des résistants Menalamba qui ont rendu les armes.
En 1899, la reine est transférée à Alger en compagnie de sa tante Ramasindrazana. Celle-ci a toujours fait preuve d’une francophobie sans égale.
Dès 1901, un vœu est exprimé en France pour le retour de Ranavalona III dans son pays. Un conseil spécial étudie à Paris la possibilité pour la reine de se déplacer dans n’importe quel pays qu’elle souhaite, voire de revenir dans la Grande île. La proposition est envoyée au gouverneur général Gallieni, le seul apte à décider de cette opportunité.
À son tour, celui-ci demande l’avis du Dr Lacaze, chef de la province de Fianarantsoa et du chef des renseignements militaires français. Tous deux n’y sont pas favorables. La reine ne reviendra jamais dans son pays de son vivant.
Selon Jeanne Rasoanasy (« Menalamba sy Tanindrazana »), il est faux de dire que la reine était heureuse dans son exil et nul ne peut oublier que la lutte menée pendant sept ans dans toute l’île a été nationaliste. Des années plus tard, beaucoup de Malgaches déplorent encore la défaite des Menalamba.
Parmi eux, la princesse Ramisandrazana. Malgré son âge, elle n’a jamais refusé d’apporter son appui aux nationalistes. C’est pour cette raison qu’elle est jugée avec Rainandriamampandry et Ratsimamanga, et serait même exécutée avec eux sans l’intervention des missionnaires anglicans et du consul général de Grande-Bretagne auprès du général Gallieni. Elle est exilée à Sainte-Marie avant de rejoindre sa nièce en Algérie.
Les Français, surtout ceux de Madagascar, redoutent donc le retour de Ranavalona III à Madagascar car elle sera, évidemment, accompagnée de sa tante. La francophobie de celle-ci n’est pas atténuée par le temps et la distance. Même lors de ses nombreuses visites en France, elle ne cache pas ses sentiments. Le gouvernement général craint que son arrivée n’attise le nationalisme malgache.
Ranavalona III ne vit pas à proprement parler une vie de reine à Alger, notamment à partir de 1911. Cette année-là, elle doit quitter sa première résidence dont le bail touche à son terme. Les autorités françaises l’installent dans une autre plus belle et plus spacieuse qui, de ce fait, coûte plus cher car les charges, dont le loyer, augmentent.
Les 50 000 francs annuels que lui envoient les autorités françaises de Madagascar ne suffisent plus. En tout cas, ils ne lui permettent plus d’entreprendre son voyage annuel en France. C’est ainsi qu’elle demande une augmentation de ses indemnités.
En recevant sa requête, le gouverneur général Albert Picquié ne cache pas son irritation. Il soutient au niveau de sa hiérarchie en France, que Ranavalona III a vécu avec beaucoup moins durant son règne. Il laisse même entendre que ce n’est que justice si la reine ne peut pas « passer tous ses caprices ». D’après lui, en 1896 elle s’est «révoltée» contre la France après avoir levé le drapeau blanc, quelques mois plus tôt.
Albert Picquié termine son argumentation en soulignant que tous les souverains exilés par la France, tels Saïd Ali des Comores et la reine de Moheli, exigeraient le même traitement si la France donne satisfaction à Ranavalona.
Cependant, le gouverneur général d’Algérie ne partage pas le point de vue de son homologue de la Grande île. D’ailleurs, il est à même de constater la situation sur place. Il soutient qu’elle entretient avec la haute société, en particulier avec les résidents anglais, de bonnes relations et met en exergue la hausse flagrante du coût de la vie.
Il réfute point par point les arguments d’Albert Picquié. Ainsi, il précise que la somme accordée à Ranavalona n’est pas supérieure à celle dont disposent le prince Nam Ghi d’Annam ou du prince du Maroc Molay Haïdi «accusé d’avoir trahi la France».
Le gouverneur général d’Algérie conclut en spécifiant que cette affaire risque de mettre en cause l’honneur et la dignité de la France, car « elle n’a pas le droit de faire souffrir » cette pauvre femme déchue qui, malgré tout, est très respectée. « Son niveau de vie ne doit pas baisser car elle ne le mérite pas et une telle situation indigne ternira la renommée de la France».
Il décide alors d’établir les détails des dépenses de Ranavalona III et les envoie à Paris où les autorités sont convaincues du bien-fondé de ses arguments. Elles obligent Albert Picquié à satisfaire la requête de la reine.
Le dossier est discuté au niveau du Conseil de direction de Madagascar le 12 avril 1913 et une augmentation, d’indemnité est accordée à Ranavalona III.
La reine tournera le dos en 1917 à Alger, à l’âge de 71 ans. Sa dépouille mortelle sera transférée au Mausolée du Rova d’Antananarivo en octobre 1938.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4487 du 12-12-2009