Arrivé à Antananarivo le 3 octobre 1820, le Rev. David Jones ouvre dès le 8 décembre suivant la première école missionnaire qui ait existé dans la capitale de l’Imerina. L’école a un début modeste puisqu’aux dires mêmes de Jones, installée dans le quartier d’Ifidirana, proche de l’actuel palais d’Andafiavaratra, elle ne compte le premier jour que trois élèves.
Grâce à la «compréhension» de Radama 1er, l’école appelée Royal College quitte très vite ses premiers locaux pour s’établir dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo. Le bâtiment comporte un étage avec quatre pièces qui sert d’appartement à la famille Jones. Le rez-de-chaussée n’est occupé que d’une seule salle de classe avec cinq divisions où sont répartis les élèves en fonction de leur âge et du degré de leur connaissance.
Dans la première classe, se trouvent six garçons et une fille, «tous proches parents du roi».
«La correction de la lecture, la prononciation juste des mots prouvaient non seulement que les soins qui leur avaient été consacrés, l’avaient été sur des sujets très soucieux de s’instruire. Mais aussi que la persévérance apportée par leur instituteur dans son enseignement est de nature à surmonter toutes les difficultés que les indigènes illettrés de ce pays éprouvent en raison de leur langue limitée et bornée. L’état d’avancement atteint par ces jeunes gens les rend capables de transmettre à d’autres l’instruction qu’ils ont reçue (méthode mutuelle de Lancaster). Et comme le tronc d’où ils ont tiré ce qu’ils savent maintenant, continue à leur faire faire d’abondants progrès, les branches qu’ils sont pourront étendre leur influence sur des milliers de leurs compatriotes» (Rapport de Jeffreys).
Dans la deuxième classe, il y a deux garçons dont l’éducation commence après celle des précédents. Pourtant «ils montrèrent des preuves égales tant dans leurs propres capacités que dans le soin dont l’instruction leur est communiquée».
Dans la troisième classe: quatre garçons et deux filles. «Ils lirent des textes faciles, épelèrent des mots de quelques syllabes et nous montrèrent des spécimens de leur écriture».
Dans la quatrième classe: sept garçons et neuf filles. «Ils mirent, épelèrent et écrivirent sur des ardoises. Plusieurs d’entre eux, bien que depuis peu de temps à l’école, sont aptes à passer dans la classe supérieure».
La lecture et l’écriture et l’arithmétique forment la base de l’enseignement dispensé par Jones, surtout l’instruction religieuse.
L’école de Jones compte en juin 1822, 47 élèves, 24 garçons et 23 filles, appartenant selon toute vraisemblance à la noblesse.
La seconde école à ouvrir ses portes à Antananarivo, l’est par le Rev. David Griffiths arrivé dans la capitale le 30 mai 1821. Mais comme Jones effectue entre-temps un voyage à Maurice, l’ouverture n’a lieu que le 23 octobre avec 11 garçons et 4 filles.
En juin 1822, l’école est encore installée dans un local provisoire et ne comporte que quatre classes.
Dans la première classe: sept garçons. «Ils lisent, épelèrent des mots de cinq syllabes, présentèrent des spécimens de leur écriture, expliquèrent le sens de plusieurs mots et firent des opérations simples».
Dans la deuxième classe: nombre d’élèves non connu. «Ils lirent des mots de deux syllabes, en épelèrent de trois et se livrèrent devant les inspecteurs à de la copie».
Dans la troisième classe: six garçons. «Ils lirent distinctement et épelèrent des mots de deux syllabes et écrivirent sur des ardoises».
Dans la quatrième classe: quatre garçons et quatre filles. «Ils lirent et épelèrent des mots d’une syllabe et écrivirent sur des ardoises».
En même temps, Mme Griffiths apprend la couture aux filles. Sans tenir compte de la deuxième classe, les effectifs de l’école de Griffiths s’élèvent à 21 élèves, 17 garçons et 4 filles, soit une trentaine d’élèves issus d’un milieu socialement moins élevé que ceux de l’établissement de Jones.
Le rapport de Jeffreys insiste aussi sur le comportement des élèves, leurs vêtements, leur propreté. «Pour quelqu’un habitué à rencontrer les enfants crasseux et presque nus qui se pressaient en foule à chaque village rencontré lors de notre voyage (fait par Jeffrey entre Toamasina et Antananarivo) et même dans la capitale pour satisfaire leur curiosité en contemplant les vahiny (étrangers), le fait d’entrer dans la salle de classe (de Jones) et d’y voir l’ordre et la propreté qui régnaient partout, créait une sensation favorable en commençant notre inspection ; impression qui augmenta au fur et à mesure que nous avancions».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4475 du 28-11-2009