« On vit avec les moyens du bord. À défaut de pouvoir se procurer de la viande ordinaire, on se rabat sur ce qui est disponible », avance un travailleur journalier opérant dans le trafic de bois de rose.
« Je n’ai aucun remord parce que c’est le seul moyen de survie », ajoute-t-il insoucieusement.
Si sur la RN5 reliant la ville de Maroantsetra et Toamasina, les traces de l’extermination des primates sont invisibles, la situation est tout à fait différente dans l’arrière-pays. Sur les pistes qui mènent vers la réserve de Makira, le moindre sac ou tout autre colis porté à dos d’homme peut être suspecté. Il suffit de maîtriser le dialecte local et avoir un accoutrement adapté à la sous-région pour que les « braconniers » vous proposent la marchandise.
Lors de notre passage à Voloina, fin septembre, un sexagénaire édenté aux cheveux presque gris n’a pas hésité de nous interpeller alors qu’on ne soupçonnait rien sur son comportement. Dans son paquetage, deux lémuriens de races différentes, ligotés au fond d’un sac sont prêts à être livrés. « J’ai un fidèle client à Maroantsetra, mais cette fois, je préfère le céder dans le coin. Je n’ai pas assez de temps pour me rendre en ville », dit-il, sans se soucier de ce qui peut lui arriver.
« La protection des lémuriens ne semble pas être la priorité des autorités. Jusqu’ici, c’est surtout le bois de rose qui accapare le plus d’attention », s’insurge un membre d’une association environnementale. « Quand on parle des primates, et les dangers auxquels ils sont exposés, très peu de gens en sont sensibles », dit-il. « C’est normal parce que le kilo de lémurien est dérisoire comparé au prix du bois de rose », ironise-t-il.
Pour certains, l’extermination des lémuriens est une pratique tacitement autorisée. L’annonce de la location d’un couple d’aye-aye par l’ancien ministre de l’Environnement et le chef de la région Analanjirofo en juillet 2009 semble le confirmer. « Nous projetons d’envoyer deux aye-aye à l’étranger pour une durée de un an, et ce à titre de location. Ils nous seront restitués passé ce délai. Cela va apporter beaucoup d’argent pour notre région », déclare Saina Michel lors de son allocution devant le public au stade de Maroa, le 25 juillet dernier. Ce qui a provoqué la colère et le doute des environnementalistes. Jusqu’ici, personne n’est au courant de la suite de ce projet.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4459 du 10-11-2009