Quatorze ans après son incendie et trois ans après le début de la restauration du Palais de Manjakamiadana, plus de 90% des travaux inclus dans les première et seconde phases ont été réalisés.
Le chantier avance à bonne vitesse. Vu de loin sous divers angles autour de la capitale, le Palais de Manjakamiadana semble retrouver petit à petit à on aspect extérieur originel.
Depuis mai, la toiture centrale a été achevée, tout comme les murs de pierres qui donnent l’apparence majestueux de ce monument culminant au sommet de la Haute-ville.
Une fois dans l’enceinte du chantier, on voit les échafaudages en métal en échelons ceignant les quatre côtés muraux.Dans la cour, les matériaux en bois utilisés et les irrécupérables anciennes pierres calcinées sont rangés par terre dans des coins réservés. Dans tout cela, on n’entend que les bruits de machines électriques et celui de la grue dont la flèche tourne au-dessus de l’édifice.
«Nous nous trouvons actuellement à plus de 90% des travaux des deux premières phases. Nous espérons les terminer d’ici fin novembre», indique Noely Ranaivoarimanana, coordinateur du Comité national du patrimoine (CNP), l’un des principaux organes initiateurs de la réhabilitation du Palais de Manjakamiadana, démarrée en octobre 2006.
Il faut lever la tête pour apercevoir des ouvriers en pleine activité sur le bâtiment, et à la hauteur où il se trouvent, on (re)commence réellement à se rendre compte de l’immensité de ce Palais, et bien évidemment des travaux effectués et ce qui reste à faire, 14 ans après son incendie, le 6 novembre 1995.
«Le remontage des pierres, la superstructure intérieure en béton armé, la charpente et la couverture, ainsi que la restauration des façades et des tours sont presque terminés. Il nous reste la finition de la toiture de la quatrième tour», précise Jean-François Cottin, chef du secteur «bâtiment» au sein du Colas- la grande entreprise de construction chargée des deux premières phases de travaux.
Authenticité
En foulant le rez-de chaussée, cela se confirme. La grande salle soutenue par ses nombreux piliers en béton apparaît bien aménagé et rendu propre par un sérieux coup de balayage. Aucun ouvrier ne s’y trouve sauf pour prendre l’escalier. «La prochaine phase concernera l’habillage en bois des structures intérieures. Après, vous ne verrez plus aucun béton ici», note Jean-François Cottin.
Le Palais construit en bois par Jean Laborde pour Ranavalona 1ère, et revêtu de pierres par James Cameron sous Ranavalona II, arrive toujours à garder une grandeur certaine. D’ailleurs, pour les artisans de cette «réincarnation», le défi consiste à retrouver le plus possible son authenticité visuelle.
François Cottin explique : «Nous avons taillé les pierres avec leur défaut de façon à être plus proche de l’aspect original. Des spécialistes au sein de l’entreprise française Quelin sont venus ici pour l’encadrement de tous les travaux de pierres». Cette sous-étape comprend la décoration sculpturale des pierres réalisée par Solomon Rakotomanana, suivant les modèles originaux.
Toutefois, quelques changements importants s’imposent. «Il nous faut prévoir ici un cabinet sanitaire et un ascenceur. Ce qui permettra l’acces de tout le monde au site, en visant particulièrement les personnes handicapées. Ces mesures sont en pratique dans tous les grands musées du monde», mentionne le technicien.
En parcourant le premier, le second et le troisième étages, le même état d’achèvement partiel est manifeste par la même absence des ouvriers. En fait, ils se trouvent, soit en train d’apporter les dernières touches sur les murs, soit là-haut, de procéder à la finition de la toiture de la quatrième tour. Il fallait prendre l’ascenceur extérieur pour les rejoindre.
Le petit tour d’ascenceur offre une sensationnelle vue panoramique les autres collines sacrées. A une hauteur de plus de 30 m, le vertige commence à se faire sentir. Tout ce qu’on y voit semble devenir tout petit : les bâtisses, les circuits routiers, les êtres humains. La grandeur du Palais et de son histoire domine naturellement toute la ville profondément prise par les activités quotidiennes de ses habitants.

Ar 4,788 milliards à trouver
Le coût total de la réhabilitation du Palais de Manjakamiadana a été estimé à Ar 25,5 milliards selon le devis effectué en 2005.
Les travaux des deux premières phases ont nécessité Ar 19,78 milliards. Jusqu’à ce jour, Ar 14,998 ont été mobilisés. Si de 2006 à 2008, l’Etat a versé quelque Ar 3,968 milliards, les contributions volontaires à titre privé ou associatif s’élève jusqu’à Ar 11,030 milliards.
Actuellement, Ar 4,788 milliards restent à trouver pour les deux dernières phases comprenant l’habillage en bois de la structure intérieure les travaux de seconde oeuvre, les équipements spéciaux (sécurité incendie, anti-vol) et aménagement muséographique.
Quelque 80 ouvriers sont présents sur le chantier. Ils étaient 230 au plus fort des travaux. Aucun accident grave n’a été signalé. La construction a nécéssité 20 000 nouvelles pierres et 2 000 m3 de béton.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4455 du 05-11-2009