De nombreux auteurs qui se sont penchés sur les origines du peuple et de la civilisation malgaches, notamment sur les Mikea. Jean Poirier signale que ce terme désigne parfois un genre de vie, celui de la collecte en forêt: ainsi il désignera tous les forestiers vivant de la cueillette. Mais s’il s’agit au contraire de qualifier un groupe particulier, l’extension du mot sera très restreinte.

Certaines populations sont parfois dénommées Mikea dans le sud de l’Onilahy et du plateau Mahafaly. «Ce sont des forestiers qui vivent dans des villages et qui ont une économie de prédation». Jean Poirier explique que, selon la langue mahafaly, ils vivent comme collecteurs, directement aux dépens des ressources naturelles du milieu forestier. D’après R. Battistini, ils ne posent aucun problème particulier et ils font partie du grand ensemble mahafaly.

Dans la forêt épineuse qui s’étend entre Toliara et Morombe, il existe en 1962 selon Jean Poirier, trois «réalités humaines différentes confondues», distinguées du grand ensemble mahafaly.

Il y a d’abord les populations qui vont de Manombo aux lacs Ihotry et Manonty et qui se présentent elles-mêmes comme Masikoro-Mikea, en référence au milieu forestier. Elles marquent cependant une certaine réticence à se dire Mikea, «cette expression étant péjorée car désignant un genre de vie jugé inférieur». Elles ne se distinguent pas des autres Masikoro, résidant près du lac Ihotry, au bord des pistes ou à la lisière de la forêt. Elles vivent en clans dans divers villages (Tsingory, Sohazo, Keliliaka, etc.). Des voyageurs les ont confondus avec les Mikea de la forêt.
Les habitants de certains villages éloignés, installés en pleine forêt (Namonty…) sont considérés comme les vrais Mikea par les Masikoro. Ce sont des forestiers dont l’économie est largement tributaire de la cueillette. «Ils sont très réservés, méfiants, assez frustes». Ils ne quittent leur village que pour des séjours en forêt plus ou moins prolongés. Ils vont commercer avec les villages Masikoro, souvent sans y entrer, et les échanges se font la nuit.

Ils apportent du miel, des cocons de vers à soie sauvages, des produits animaux ou végétaux de la forêt. Ils rapportent des vivres (maïs et manioc), du tabac, de l’argent, des étoffes («siky»), des coupe-coupe. Ils ont un outillage minimum approprié à leurs besoins (sagaie à talon ou «lefo», cuiller à fouir ou «kipao», sortes de gamelles de bois creusées dans un bloc ou «angolo», vanneries diverses).

Parfois, ils portent un bonnet de cuir de zébu, pratiquent une agriculture de clairières sur brûlis (maïs, pois du Cap, jamais de riz). Ils ont quelques points d’eau faits de citernes naturelles.

Au début du XIXe siècle, E. Birkeli distingue les Mikea Kombi qui occupent la forêt mais ont des troupeaux de zébus; et les Mikea Betanimena le long du littoral. Ils ne pratiquent pas la circoncision.

Les Mikea «sauvages» de la forêt sont restés isolés. Jean Poirier les présente comme des gens de la forêt qui mène une vie semi-nomade, avec une économie fondée uniquement sur la cueillette. Si la légende leur attribue une taille étroite ou des cheveux longs et lisses, il s’agit en fait de populations qui ont fui la domination du roi des Masikoro il y a environ deux siècles. Ils utilisent les possibilités stratégiques que leur offre la forêt épineuse «qui constitue un refuge pratiquement inviolable».

Ils constituent des groupes très étroits qui se partagent des zones de l’intérieur de la forêt, la dimension variant de quelques individus à une quinzaine. Ce sont des lignages menant une vie semi-nomade, n’ont pas de village avec de cases construites, mais de simples campements avec des abris formés de plaques d’écorce tendues sur des piquets constituant un auvent en V renversé. Ils vivent sans eau, recourant aux racines ou tubercules aquifères (baboho, sosa, ovy, etc.)

Toujours d’après Jean Poirier, leurs techniques sont très rudimentaires: ils ne possèdent pas d’armes à l’exception du bâton-massue- «le milieu suffit à assurer leur protection»- et presque aucun outil hormis le bâton à fouir. Le feu est obtenu par rotation d’une baguette de bois dur sur une planchette de bois tendre, dans une cavité où ils mettent de la mousse sèche.

Ils ne viennent jamais dans les villages, mais acceptent le contact avec les Masikoro qui séjournent en forêt pour des expéditions de chasse ou pour la récolte du miel. «Souvent cependant, ce contact se manifeste seulement par un commerce à la muette, dont les Masikoro prennent l’initiative: dépôt au pied d’un arbre de l’objet à échanger (tissu, manioc, viande, coupe-coupe mais jamais de riz peu apprécié)». Les Mikea le remplacent par du miel sauvage, des hérissons, des cocons de soie sauvage, des fruits, racines ou tubercules…

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4451 du 31-10-2009