Le 24 mai 1824, le Rév. Jeffreys donne quelques renseignements sur la vie en Imerina à cette époque, dans une lettre à M. Hankey, trésorier de la London Missionary Society. Le missionnaire anglais qui est installé à Ambatomanga, répond au souci manifesté par les directeurs de la LMS de connaître avec le plus de précision les sommes nécessaires à allouer annuellement aux missionnaires qui vivent en Imerina. Le Rév. Jeffreys «a évidemment considéré plus le mode de vie d’une famille européenne, en l’occurrence la sienne, que celui d’une famille malgache» (Jean Valette, archiviste paléologue).
C’est pourquoi, en ce qui concerne le mode de vie malgache, Jeffreys n’en donne qu’une seule indication en se référant à James Hastie, agent britannique et fin connaisseur des réalités malgaches. D’après ce dernier, 10 piastres espagnoles suffisent amplement pour assurer le train de vie d’une famille distinguée («one of the most respectable of the Malagasy family»). Soit 120 piastres par an, «somme que d’ailleurs Jeffreys considérait comme plus élevée que ce qu’il avait constaté dans la réalité».
Cette indication ne donne cependant pas de précision sur la famille en question, restreinte ou grande, mais Jeffreys parle sans doute d’une famille comparable à la sienne de 3 à 4 personnes. Jean Valette préfère aussi convertir en francs Thermidor les 120 piastres espagnoles, soit 600 francs, pour avoir une notion de la valeur réelle des dépenses familiales malgaches. «Ce qui équivaut au plus à 120 piastres ou 600 francs par an». D’autre part, il faut ajouter à ces dépenses un certain nombre de produits et objets introuvables sur place.
Ainsi, pour Jeffrey il est nécessaire de disposer par an de 200 livres sterling (1 000 piastres espagnoles ou 5 000 francs Thermidor). Ce qui implique une différence entre le Malgache et l’Européen de 4 000 francs, «et un ordre de grandeur de 1 à 8». Le missionnaire anglais essaie d’expliquer cette différence considérable.
Selon lui, la première raison est d’ordre psychologique. Les Malgaches vendent aux Européens les produits plus cher qu’ils ne les vendraient à leurs compatriotes. «Nous sommes obligés à tout le moins d’acheter toutes choses dans les plus mauvaises conditions. Beaucoup de Malgaches ne vendront pas à un Blanc comme ils l’auraient fait à un indigène, ayant l’idée que tout Blanc doit être par ce fait même une personne riche».
De ce fait, Jeffreys estime que les dépenses d’une famille européenne en ce qui concerne les produits du pays s’élèvent à 50 livres sterling, soit 250 piastres ou 1 250 francs. «Sur les produits même du pays, l’augmentation entre les prix payés par un Malgache et par un Européen vont de 1 à 2».
À cela doit s’ajouter un certain nombre de produits, dont l’usage ne semble pas figurer dans le mode de vie malgache et dont les missionnaires, aussi ascètes soient-ils, éprouvent le besoin: thé, café, sucre, sel… et «beaucoup d’autres choses». «Parmi celles-ci, très curieusement, Jeffreys mentionne le pain qu’il faut faire venir de Maurice! Relevons aussi les vins et les alcools. En cas de maladie!»
Jeffreys donne enfin des précisions sur les prix de deux objets. Un costume d’homme: 500 piastres ou 250 francs. «L’imprécision de nos connaissances sur les tissus alors utilisés enlève beaucoup aux conclusions que l’on peut en tirer».
Une tasse et sa soucoupe en faïence anglaise (earthen ware): 1 piastre ou 5 francs. «Relevons que Jeffreys note que la faïence des Indes coûte plus cher que celle provenant d’Angleterre».
Et Jean Valette de conclure: «Les quelques données fournies par la lettre de Jeffreys se révèlent somme toutes assez limitées».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4439 du 17-10-2009