Le bateau   CMA CGM LEA 085, transportant des bois de rose et de la vanille vient d’être arraisonné au port de Tamatave pour cause de trafic à grande échelle
Après avoir quitté Vohémar le 6 octobre dernier, ce bateau est actuellement arraisonné dans le port de Tamatave. Un arraisonnement qui prouve que des trafics à grande échelle ont lieu dans cette affaire. Selon nos informations, les auteurs de trafic qui sont des opérateurs bien connus auraient déjà alerté leurs protecteurs en haut lieu. Certaines sources affirment même que l’un d’eux, un concessionnaire de voitures proche de la HAT et des services des douanes, se démène pour débloquer la situation. Une tâche qui s’avèrera visiblement difficile puisque sentant que l’affaire en question pouvant mettre en danger l’ensemble de l’économie nationale, certaines autorités compétentes font actuellement bloc pour faire en sorte que la loi soit appliquée. En effet, il est question d’un fonds de 5 832 000 000 Ar qui devraient, en principe alimenter les caisses de l’Etat ainsi que d’un rapatriement de devises d’au moins 1 millions USD, car outre les bois de rose, au moins 4 conteneurs de vanille sont également embarqués dans ce navire. Selon toujours nos informations, l’un des expéditeurs de ces conteneurs de vanille n’a même pas transmis de dossiers au FINEX. Une manière en somme de contourner le rapatriement de devises à 27 USD.

Magouilles

Bref, le système de gestion actuel de la vanille favorise les magouilles. Des magouilles nées de la difficulté, sinon de l’impossibilité d’appliquer le fameux décret fixant des prix plancher pour la vanille. A savoir : 40 000/kg pour la vanille verte, 35 000/kg la vanille vrac ou préparée et USD 27.00/kg Fob à l’exportation. Faut-il en effet rappeler que ces prix planchers n’ont jamais eu l’adhésion unanime des professionnels (principalement les exportateurs et les acheteurs industriels) de ce secteur ni même au sein de la Plateforme de concertation.
La majorité des exportateurs, qui ont d’ailleurs vécu du temps de l’intervention de l’Etat, est consciente du danger que représente la mise en place d’un prix minimum à l’exportation pour ne citer que le risque de non compétitivité de la vanille malgache.

Minorité

En fait, l’on reconnaît dans la filière vanille que cette décision profite surtout à une minorité d’exportateurs travaillant avec 2 ou 3 Traders qui misent sur des stocks conséquents (déjà positionnés en dehors du territoire national) équivalents au volume de la demande annuelle soit 2 000tonnes à 2 300tonnes. « L’application de ce décret permettra ainsi à ses commanditaires de bloquer les embarquements à partir de Madagascar d’une part et d’autre part de leur permettre l’écoulement de leur stock à l’étranger à un prix au-dessous de 27$ ». soutiennent des opérateurs de la vanille, qui ajoutent : « Si on apporte une vision analytique et approfondie à cette filière, le vrai problème ne se trouve pas au niveau prix qui, pourtant, devrait être régulé par la loi de l’Offre et de la Demande dans un contexte de mondialisation et de libéralisation économique ».

Catalyseur

Selon ces opérateurs qui militent toujours en faveur du libre marché : « le fond du dilemme  de la filière vanille réside sur un problème de stock non pas de prix ».  Bref, ces professionnels réclament de l’Etat son rôle de catalyseur pour les accompagner à sauver cette filière déjà au pied du danger. Des actions conjointes de lobbying sont plus que nécessaires pour, par exemple, rationaliser l’utilisation des dessins (fleur de vanille, par exemple) évoquant l’usage d’ingrédients naturels sur les étiquettes de produits finis.

Rapatriement

Aujourd’hui, avec le passage du navire CMA CGM LEA 085 à Vohémar, des magouilles sont en train de se faire pour échapper au rapatriement des devises à 27$ le kilo, en sachant que pour l’instant, les contrats même pour l’année 2010 se trouvent en dessous de ce prix plancher.
D’ailleurs, certaines indiscrétions font état de l’agissement d’un exportateur partisan de ce prix plancher qui est en train d’embarquer sur ce navire 4 conteneurs de 20’ déclarés à 27$ Fob mais celui-ci tenterait de faire une domiciliation fictive en faisant en sorte que sa domiciliation ou un quelconque document en douane ne soit pas transmis au service du FINEX (Finance Extérieur). Un autre opérateur aurait également fraudé sur la nature des produits exportés, en déclarant du café au lieu de la vanille. En tout cas, des mesures sévères s’imposent pour sauver cette filière.

Extrait Midi MAdagasikara – Parution N°7954 du 08-10-2009