En mars 1961, naît le Groupe de Brazzaville ou le Groupe des Douze. Le noyau de ce rassemblement est le Conseil de l’Entente regroupant les quatre jeunes Républiques de la Côte d’Ivoire, de la Haute-Volta (actuel Burkina), du Dahomey (actuel Benin) et du Niger. Après que l’Entente s’est retirée de la Communauté franco-africaine, les États africains d’expression française, «pauvres et relativement faibles», éprouvent la nécessité de s’unir.
Aux quatre pays de l’Entente viennent s’associer le Sénégal, la Mauritanie, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo, le Gabon et Madagascar. Et si une défection se produit avec le départ du Mali attiré par la Guinée et le Ghana, en revanche le Cameroun- qui n’a jamais appartenu à la Communauté- se rallie. Ainsi douze États constituent le Groupe de Brazzaville.
Les raisons de ce regroupement sont multiples et impératives, comme l’explique l’observateur politique René Vermont. «Dans l’Afrique nouvelle, isolée, les petits États seraient des proies offertes aux appétits de leaders ambitieux et souvent soucieux de canaliser les mécontentements intérieurs vers des aventures. Des revendications ont été formulées par le Ghana en des termes blessant la susceptibilité d’autres Africains (Togolais et Ivoiriens). La Guinée, elle, veut affirmer le succès de son expérience indépendante».
En outre, «aux rivalités politiques s’ajoutent les considérations économiques. Les pays africains, tous solidaires dans leur volonté d’émancipation vis-à-vis de l’Europe, sont davantage des concurrents que des partenaires complémentaires en Afrique, et des rivaux sur les marchés mondiaux».
De plus comme ils sont divisés, les pays d’expression française seraient sans espoir de s’industrialiser, faute d’un marché intérieur suffisamment important. «Devant la Fédération du Nigéria avec ses 35 millions de producteurs-consommateurs, devant même le Ghana avec ses 6,6 millions d’habitants, la Mauritanie, la Haute-Volta, le Niger, le Dahomey ne font pas le poids».
Le Groupe de Brazzaville s’affirme ainsi comme une organisation régionale de coopération dans les domaines politique, économique, technique et culturel. C’est une union ouverte à tous les États africains, bien qu’au premier anniversaire de l’indépendance à Dakar, le président Senghor apporte une précision capitale : «L’Union des Douze reste ouverte à tous les États au sud du Sahara».
L’Union n’est pas une «confédération», mais une association d’États «unis dans le but de réaliser de nouveaux progrès dans la voie de leur coopération interafricaine fondée sur le voisinage, la culture, la communauté d’intérêts».
Un autre principe en découle: la souveraineté nationale des États membres et non membres est à respecter et aucune clause de caractère supranational n’est envisagée.
L’Union africaine et malgache est née à Yaoundé en mars 1961. Au cours de la Conférence organisée à Antananarivo en septembre de la même année, les douze chefs d’État et de gouvernement adoptent le traité qui instaure l’Organisation africaine et malgache de coopération économique, dont le secrétariat général se trouve à Yaoundé, ainsi que des comités techniques orientés vers la recherche scientifique, les questions monétaires, le commerce extérieur, le développement économique et social. En même temps, une société Air Afrique est constituée ayant son siège à Abidjan.
Trois résolutions sont aussi prises au cours de la Conférence. L’une convoque une réunion d’experts en télécommunications à Fort-Lamy; la seconde réclame l’harmonisation des politiques fiscales et des garanties accordées aux investissemets privés; la troisième est relative aux négociations avec les autorités de la Communauté économique européenne.
Les Douze jettent également les bases d’une «association politique». Si à l’époque, les contours de cette organisation restent flous, les tâches entre les États sont cependant réparties. La Côte d’Ivoire est chargée de préparer une décision sur la représentation diplomatique des États; le Cameroun, sur la nationalité et la citoyenneté; le Sénégal, sur l’entraide judiciaire et un conseil économique; le Niger, sur la coordination des télécommunications.
Une réunion d’experts à Antananarivo devra mettre au point l’accord des Douze en matière de défense. Le siège de l’Organisation de défense est à Ouagadougou, en Haute-Volta, Etat qui a refusé le maintien de bases françaises sur son territoire et la signature d’accords militaires avec Paris.
Le Groupe de Brazzaville prend désormais position sur des points importants et d’une façon «non équivoque», en particulier sur la Communauté franco-africaine et sur les problèmes internationaux posés à l’Afrique.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4420 du 25-09-2009