La première visite guidée au site a trouvé sa clientèle parmi les passionnés d’astronomie. Les étoiles se sont révélées à travers un petit téléscope.
Pélérinage extraordinaire à Ankadiefajoro. Vers 18 h, quand le soleil est descendu très bas à l’ouest de la montagne d’Ankadiefajoro – à 14 km au sud-ouest de la capitale,`bifurcation d’Andoharanofotsy – la froideur du vent qui souffle sur cette hauteur de 1 300 m d’altitude faisait son malheur. Mais cela n’a pas découragé la trentaine de lycéens français d’Ambatobe, venus pour la visite guidée proposée chaque vendredi, dans le cadre de la célébration de l’Année mondiale de l’astronomie.
Tout a commencé par des instructions très élémentaires. «Quand nous observons les astres, nous n’avons pas accès ni au présent, ni au futur. Toutes les images que nous voyons appartiennent au passé», souligne le professeur Charles Ratsifaritana, le guide-astronome.
«Le soleil que nous sommes en train de voir se coucher n’est pas le soleil en ce moment exact. C’est le soleil d’il y a huit minutes. Peut-être qu’il est déjà couché en ce moment», poursuit-il.
«Voilà une étoile !», s’écrie-t-on avec fougue au milieu des élèves. Tout le monde braque les yeux vers le ciel pour assister à l’éclosion de la première étoile de la soirée. La voilà, seule et brillante au milieu des espaces et à une hauteur immensurable !
Pour les âmes qui ont trop attendu le moment, la découverte est plus que fascinante. Mais il faut redescendre à tout instant, ne serait-ce que pour se faire face à la réalité. «Non, ce n’est pas une étoile. C’est la planète Jupiter !», rétorque le professeur.
Comment a-t-il pu identifier d’un seul coup d’oeil que c’était Jupiter? «Primo, parce que j’ai l’habitude de la voir, et secundo il faut savoir qu’à la différence d’une étoile, une planète ne scintille pas», explique-t-il.
Le professeur sort ensuite de son sac un outil au volume un peu plus grand qu’une bouteille de whisky. Tout le monde savait déjà qu’il s’agit d’un téléscope. Tandis que trois de ses assistants se mettent à l’installer, le professeur continue ses explications. A l’aide d’une lampe-laser dont le rayon très fin de couleur verdâtre porte très loin dans le ciel, le spécialiste en astronomie indique quelques étoiles : «Voilà la constellation du Scorpion. Plus tard, on verra Sagittaire, tandis que la Croix du Sud n’apparaît que vers minuit». Et tout le monde l’écoute attentivement.
Voir clair
Quelques élèves commencent à regarder à travers le téléscope. «Mais c’est tout petit. On ne voit que des petits points dans le noir!», se plaignent certains d’entre eux, apparemment insatisfaits après y avoir jeter un coup d’oeil. «Quand on regarde dans un téléscope, l’important c’est de voir clair», répond l’astronome.
Parmi les lycéens, le petit Martin semble le plus intéressé. D’ailleurs, la plupart des questions adréssées au professeur viennent de lui. Plus d’une fois, il s’est mis à genou et observe minitieusement à l’intérieur du téléscope.
Il partage toujours ses acquis aux autres lycéens. «Vous voyez, cette grande étoile, c’est Antarès. Il y a tout un volume d’amas autour de lui», explique-t-il. Jean-Yves Moulat, le professeur de physique ne manque pas de soulever : «Martin est un férus de la matière physique. Il a une connaissance développée en astronomie», précise-t-il.
Un télescope pour une trentaine de visiteurs, c’est loin d’être un régal pour les curiosités. «Nous aurions dû installer içi un téléscope plus performant, mais il nous faut d’abord mettre en place tous les dispositifs. J’ai déjà perdu mon téléscope ici», se justifie l’astronome Ratsifaritana.
Pour Jean-Yves Moulat, c’est déjà beaucoup. Son argument est simple. «Ce rendez-vous pour la lecture du ciel est déjà très important pour les élèves. Le ciel, c’est toute une poésie. L’essentiel n’est pas le téléscope mais plutôt le sentiment ressenti après l’observation», mentionne-t-il.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4417 du 22-09-2009