Depuis son décès dimanche soir, on dirait que les derniers moments terrestres de Ramily semblent plus moroses. En tout cas, les artistes entrevoient une certaine récupération.
La dépouille de Ramilison Besigara est arrivée au gymnase d’Ankorondrano, hier vers midi, à bord d’un minibus rouge, comme dans un cortège funèbre des plus ordinaires. Avec le débarquement d’une petite foule composée des plus proches du défunt, on a pu constater la présence remarquable et remarquée du chanteur Rossy et sa femme Joséphine, ainsi que celle de Liva «Koezy»
Et on commençait réellement à craindre que la veillée de recueillement dédiée au plus grand artiste de hiragasy n’allât pas connaître le grand enthousiasme populaire, comme c’était le cas lors des disparitions respectives de l’humoriste Zafihita, du poète Rado ou de l’acteur Ali, par exemple.
Mais l’enthousiasme s’est manifesté davantage au cours de la soirée lorsque les artistes commencèrent à arriver.
Parmi les premiers venus, on peut citer Ndriana Ramamonjy, Gothlieb, Volatiana, Dah’Mama, Njakatiana, Hery Puissance, Eric de Fou Hehy, Dadavy, Max Exception, etc.
L’événement a connu ses premiers instants d’animation avec des chansons funèbres populaires dans le genre de « Lanitra mangamanga », « Fo torotoro ».
À 20 h 10, le Premier ministre Monja Roindefo arriva à la tête d’une forte délégation de son gouvernement. Parmi les ministres présents, celui de la Culture et du patrimoine Gilbert Raharizatovo, du Sport Virapin Ramamonjisoa, de l’Aménagement Hajo Andrianainarivelo, de la Communication Nathalie Rabe, des Forces armées Noël Rakotonandrasana, le secrétaire d’État à la gendarmerie Claude Ravelomanana.
Désolant
« Ramilison appartient à tout le peuple malgache. C’est ainsi que nous sommes dans l’obligation de venir», a déclaré le premier ministre dans son discours.
Du côté des artistes, cette présence massive des membres gouvernementaux a été considérée comme un simple geste de récupération. «C’est bien de les voir tous réunis ici, mais c’est trop tard. Ramilison est mort maintenant. Ça fait au moins deux mois que nous avons lancé l’appel de detresse, mais on ne nous a même pas écouté », déplore l’humoriste Eric de Fou Hehy.
Celui-ci ne manque pas d’alerter les esprits. «D’autres monuments viellissent actuellement : Dadagaby, Randrianasolo Raymond, Bakomanga, etc. Fallait-on toujours attendre qu’ils décèdent pour qu’on fasse quelque chose à leur égard ? » .
A son tour, le chanteur Njakatiana regrette le talent proprement dit. « Ce qui est désolant, c’est que ces derniers temps, on assiste à la disparition d’une génération de compositeurs traditionnels sans que la relève y est », affirme-t-il, comme pour interpeller le public sur le risque d’effacement que court le hiragasy et la musique traditionnelle en général.
Mais chez certains qui veulent garder le bons sens, le décès de Ramilison Besigara n’a rien d’une fin insurmontable. « En bon chrétien, je crois que Dadamily a fini sa vie d’ici-bas, et il va le continuer avec bonheur au ciel », déclare Max Exception.

Extrait L’Express de Madagascar – Edition n° 4412 du 16-09-2009