BOIS PRECIEUX. De nombreuses espèces sont en voie de disparition alors que leur régénération naturelle est très faible sinon nulle.

Les bois de rose et les bois d’ébène sont purement et simplement pillés dans les régions de SAVA et de Menabe. Les trafics illicites de ces bois précieux ont connu de l’ampleur depuis ces derniers mois. Ceux-ci sont acheminés par tout un réseau de trafiquants au départ de la zone de production, qui plus est, constituée d’une aire protégée jusqu’à Antalaha où se situent la majorité des commanditaires et des exportateurs. Une fois là-bas, le transport se fait par des petits bateaux à destination de Vohémar ou de Toamasina en vue de l’expédition notamment vers les pays de l’Asie. Le prix à l’export de ces bois précieux exploités illégalement s’élève à 8,5 Euros/kg. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée tout récemment par l’équipe mandatée par le WWF dans ces deux régions.

Régénération très faible

La commune rurale d’Anoviara dans le Nord-Est du district d’Andapa est l’un des points rouges de l’exploitation illégale de bois de rose et d’ébène destinés à l’exportation. A part l’utilisation de ces bois précieux par les villageois pour la construction de leurs cases, des bûcherons venus d’autres régions s’adonnent également à leur exploitation illégale. Pire, leurs actions s’accompagnent de manœuvres d’intimidation à l’égard de la population locale, a-t-on appris d’après toujours les enquêtes menées par l’équipe du WWF. Mais compte tenu de cette surexploitation et de l’incapacité des Autorités de fait à contrôler ces ressources forestières, ces bois précieux risquent de disparaître, et ce d’autant plus que, la régénération de leurs espèces est très faible sinon nulle.

En rupture de stocks

En outre, l’équipe scientifique du WWF a recensé 14 espèces de bois de rose et 9 espèces de bois d’ébène dans la forêt de Bemaintso mais celles-ci sont toutes en danger. A preuve, elle n’a pu inventorier que deux arbres de variété de bois de rose « Andramena » sur une superficie de 2,6 hectares de cette forêt. Il a été également constaté que les arbres de plus de 35 centimètres de diamètres ont tous été exploités. Idem dans la région de Menabe car seules quatre espèces de bois de rose et deux espèces de bois d’ébène ont été recensées par les enquêteurs dans la forêt d’Andranopasy si les derniers inventaires ont révélé une dizaine d’espèces pour le premier et huit autres pour le second. De l’avis des scientifiques, cinq espèces de bois de rose (dalbergia, trichocarpa, dalbergia emirensis, dalbergia pupurescens, dalbergia breveana) et une espèce d’ébène (Diospyros perrieri) y sont en rupture de stocks. Pourtant, leur régénération et leur viabilité sont vraiment très faibles. Mais les cultures sur brûlis et les feux de brousse menacent également l’écosystème de ces forêts naturelles à part cette exploitation illégale par coupe sélective de bois précieux. 

Conditions inhumaines

Et parlant du circuit de commercialisation illicite de ces ressources forestières, c’est aussi une exploitation pure et simple de la situation de pauvreté de la population locale, pour ne révéler que les études réalisées dans la SAVA. En effet, si ces bois précieux s’exportent à raison de 8,5 Euros pour 1kg, les bûcherons ne perçoivent que 5 000 Ariary par jour pour transporter les troncs d’arbres de bois de rose ou de bois d’ébène des profondeurs de la forêt jusqu’aux rives de la Mananarabe. Ce travail d’acheminement se fait dans des conditions inhumaines car un tronc d’arbre d’une longueur atteignant jusqu’à 3mètres, peut peser de 100kg à 1,5 tonnes, a-t-on évoqué.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N°7934 du 15-09-2009