De mai à octobre, une des principales activités génératrices de revenus des populations des Hauts-Plateaux, est la fabrication de briques. Durant cette période, des centaines d’hectares de rizières sont malmenées. Le fait est que ces rizières contiennent la terre argileuse nécessaire pour faire ces briques. Ces terres argileuses sont prélevées des rizières, pétries, moulées et séchées. Par la suite, ces briques sont rangées pour former des fourneaux, que l’on peut observer sur les routes nationales, comme la RN.7. Des fourneaux qui font la curiosité des touristes et qui constituent parfois des dangers pour la circulation, car ils réduisent la visibilité des automobilistes. Une situation parfois légitimée par un besoin pratique de faire descendre les frais, d’enlèvement et de transport.

Fourneaux

Rajean est notre interlocuteur. Il est fabriquant de briques sur le bord de la RN.7. Rajean exerce sa profession depuis 2001. Un savoir-faire hérité de son défunt père. Avec ses nombreuses années d’expériences et ses acquis, notre homme de rassurer qu’il maîtrise parfaitement la filière : le choix de la nature de la terre argileuse, la vente en passant par le procédé de cuisson, les étapes majeures de la réussite de toutes les opérations.
Rajean nous confie qu’il y a certains tabous à respecter pour faire une bonne cuisson. L’on ne doit pas confier les cuissons à des équipes mixtes. C’est-à-dire composées de femmes et d’hommes. Sourire aux lèvres, Rajean nous répond tout simplement que les hommes risquent d’être distraits auprès des femmes et négliger certaines précautions pour le bon fonctionnement des fourneaux. Il est aussi interdit de faire des grillades sur les feux de bois, comme faire griller du manioc ou autres tubercules pour ne pas être trop distrait. D’autres fabricants de briques, témoins de notre conversation, d’ajouter également qu’il ne faut pas jeter des sauterelles dans les feux. Il faut se prémunir des « seva fotsy » en cette période d’exhumation. Ces « seva fotsy » permettent de sauvegarder la cuisson des briques lors des passages des reliques mortelles, croit-on savoir d’autre part. Des « seva fotsy » posés près des fourneaux. A la question qui a été posée à Rajean s’il croit que les « mpanao briky » sont capables de faire retenir les orages qui détériorent les briques, Rajean n’est pas tellement convaincu. Du fait que la nature est dépendante de divers mécanismes. Des tabous qui varient selon les us et coutumes de chaque localité visitée.

Environnement

Des centaines de mètres cubes de bois qui partent en fumée sous les fourneaux. Rajean s’en préoccupe peu de la préservation de l’environnement, dans la mesure, dit-il, que les bois utilisés sont des eucalyptus qui se régénèrent rapidement. La pollution ? Point de réponse. Pour Rajean le plus important, c’est de pouvoir partir l’année prochaine et cesser ce genre de travail. Les terres argileuses des rizières ne se régénèrent plus.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N°7933 du 14-09-2009