Dans sa politique d’ouverture pour le « (lire notre précédente Note) Radama II est soutenu par un groupe qui comprend notamment ses ministres des Affaires étrangères Rahaniraka puis Rainimaharavo, des conseillers tels que Rainivoninahitriniony (Raharo) et son frère Rainilaiarivony. Ce groupe des modernistes est sincèrement partisan de l’ouverture, «pourvu qu’elle contribuât effectivement au développement et à la civilisation du pays».
Face aux modernistes se tient le groupe des traditionalistes et conservateurs dirigé par Rainijohary, co-Premier ministre sous Ranavalona 1ère. Ce dernier groupe se méfie beaucoup de la nouvelle politique royale. «Il regrettait l’abandon de l’ancienne politique isolant le pays des mauvaises influences de l’extérieur».
Les conservateurs désapprouvent de ce fait la liberté accordée aux divers missionnaires de propager le christianisme.
Ils sont scandalisés par l’octroi aux étrangers de privilèges exorbitants au moyen de chartes et traités. En particulier, le droit qui leur est accordé de posséder des terres, «une mesure inadmissible» à l’encontre de la loi fondamentale du pays interdisant le droit de propriété foncière à tout Vazaha.
À cela s’ajoute la nomination d’étrangers à des postes officiels qui scandalise même les modernistes. D’ailleurs, la désignation de Clément Laborde au secrétariat des Affaires étrangères incommode jusqu’au ministre français Drouhyn de Lhuys qui demande au consul Jean Laborde de le faire annuler.
«Radama II allait trop loin dans l’application de sa politique d’ouverture alors que les circonstances intérieures n’étaient pas très favorables» (Pr. Mukasa Mutibwa Phares d’après une étude de Razoharinoro-Randriamboavonjy). En outre, la suppression des droits de douanes efface du même coup une source de revenus importants pour un nombre appréciable d’officiers, augmentant ainsi l’effectif des mécontents. Et «si on lui était reconnaissant de la libération des prisonniers de guerre de Ranavalona 1ère, la suppression brusque et totale des corvées non seulement mécontenta ceux qui en tiraient profit, mais encore inquiéta ceux qui étaient soucieux de l’ordre public immédiat».
Il faut également compter sur les «petites provocations involontaires» d’étrangers qui méprisent ou méconnaissent les usages du pays. Ainsi le fougueux Ellis, propagateur très zélé de la religion chrétienne, va jusqu’à prêcher à l’intérieur de l’enceinte de la colline sacrée d’Ambohimanga sous prétexte d’une «permission» accordée par le roi. Or l’accès en est formellement interdit à tout ce qui est étranger. D’ailleurs, le consul anglais Pakenham trouve le comportement du missionnaire «maladroit et dangereux».
Enfin, même les modernistes restent divisés. Une partie dirigée par Rainivoninahitriniony reproche au roi d’accorder trop de pouvoir aux jeunes et parfois arrogants Menamaso, car «cela pouvait se terminer par l’éviction de fait des vétérans habitués au pouvoir».
Tout cela réuni porte l’exaspération à son comble et amène à la chute rapide du «libéral» et «progressiste» Radama II.
«La politique d’ouverture reprise par Radama II, laquelle fut menée par sa seule volonté et essentiellement sur l’influence de ses conseillers étrangers, au mépris de l’opinion d’une partie importante de ses conseillers de droit» et de la partie la plus «évoluée de la population, se solda par un échec relatif».
Cependant, l’assassinat du roi, œuvre d’une minorité de la Cour, ne satisfait pas tout le monde. Des rumeurs circulent pendant deux ans qu’il est toujours en vie. «Beaucoup de Malgaches le regrettent à cause des mesures libérales prises par lui. La popularité relative et surtout posthume du roi apeura quelque peu les nouveaux détenteurs du pouvoir et leur suscita des difficultés, comme les soulèvements en pays betsileo et sakalava».
De plus, le décès de Radama II auquel succède son épouse Rabodo sous le nom de Rasoherimanjaka ne met fin à la lutte entre les divers groupes du Conseil de la reine.
Les modernistes sont divisés entre Rainivoninahitriniony alors soutenu par son frère Rainilaiarivony et le chrétien Rainimaharavo devenu ministre des Affaires étrangères. Les deux groupes luttent pour avoir la prépondérance au sein du Conseil et le maximum de popularité dans l’opinion. En face des modernistes, se tiennent toujours les conservateurs menés par Rainijohary devenu vieux.
Les modernistes sont majoritaires. La politique d’ouverture devait l’emporter sur celle d’isolement préférée par les conservateurs. «Mais il ne suffisait pas d’être partisan du progrès, il fallait encore être pro-français ou pro-anglais».
Les étrangers résidant dans la Grande île sont de leur côté très affectés par la mort de Radama II. Effectivement, ce dernier a non seulement favorisé une vie agréable pour eux, mais leur a aussi promis un «avenir brillant». Le très court règne du roi et surtout sa fin violente n’augure rien de bon.
Le gouverneur de Bourbon Darrican regrette du reste un roi sous le règne duquel «l’influence française se serait développée et les intérêts français garantis».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4402 du 04-09-2009