« Nous, le peuple japonais, désirons la paix éternelle et sommes profondément empreints des idéaux élevés présidant aux relations humaines ; nous sommes résolus à préserver notre sécurité et notre existence, confiants en la justice et en la foi des peuples du monde épris de paix. Nous désirons occuper une place d’honneur dans une société internationale luttant pour le maintien de la paix et l’élimination de la face de la terre, sans espoir de retour, de la tyrannie et de l’esclavage, de l’oppression et de l’intolérance. Nous reconnaissons à tous les peuples du monde le droit de vivre en paix, à l’abri de la peur et du besoin. Nous croyons qu’aucune nation n’est responsable uniquement envers elle-même, qu’au contraire les lois de la moralité politique sont universelles et que le respect de ces lois incombe à toutes les nations arguant de leur propre souveraineté et justifiant de leurs relations souveraines avec les autres nations ».
C’est le préambule de la Constitution du Japon, en vigueur depuis 63 ans et sa promulgation, le 3 novembre 1946. Dans ce pays, que l’administration américaine qualifie de « phare de la démocratie », viennent de se dérouler des élections législatives qui ont consacré la défaite historique du Parti Conservateur, au pouvoir quasiment sans interruption depuis 1955. Le Premier ministre sortant, Taro Aso, a déjà reconnu la défaite de son parti et a aussitôt offert sa démission.
Ces élections japonaises interviennent dans un contexte de double crise, économique avec un fort taux de chômage, et démographique avec le vieillissement dramatique d’une population qui va chuter de 127 millions actuellement à 94 millions, en 2050. Néanmoins, au moins dans l’imaginaire populaire, le Japon restera le pays du miracle du XXème siècle : survivre aux bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki pour devenir la deuxième puissance économique mondiale, en moins de cinquante ans. Ces dernières années, Toyota avait même ravi la place de premier constructeur mondial d’automobiles au géant américain General Motors.
« Nous désirons occuper une place d’honneur dans la société internationale », proclament les Japonais. Le Japon forçait l’admiration des premiers nationalistes malgaches, avec les écrits de Rajaonah en 1889 et de Ravelojaona dans les années 1913, 1914 et 1915 (1). Las, cette admiration intellectuelle ne s’est pas concrétisée dans la pratique politique. Une Constitution qui ne change pas au gré des humeurs politiciennes, des mœurs démocratiques qui forcent le respect, des hommes politiques qui assument les inconvénients de leurs responsabilités : trois piliers qui font cruellement défaut aux Malgaches, depuis 1959. Parce qu’il n’est pas obligatoire de changer un texte si la Constitution est moins coupable que les hommes qui la détournent et la dévoient. Parce que la stabilité n’est pas nécessairement anti-démocratique dans un pays dont l’opinion publique est éduquée. Parce que quand le sens de l’honneur n’est pas un vain mot, les hommes politiques défaillants présentent leurs excuses, demandent pardon et posent leur démission.
(1) Rajaonah, Japana sy ny Japanesa, in Ny Mpanolo-Tsaina, vol.III, n°V, jolay 1889 ; vol.IV, n°V, oktobra 1889

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4399 du 01-09-2009