Les lémuriens courent un grand danger. Depuis le début de la crise, la recrudescence de la chasse illicite de ces primates devient alarmante.
L’impact environnemental de la crise socio-politique frappe également la biodiversité. Le phénomène d’abattage illicite des lémuriens constitue actuellement l’une des pires formes de la crise. La forte intensité de la chasse est enregistrée dans plusieurs parcs et réserves nationaux comme à Masoala, Marojejy, Maroantsetra, Ankarafantsika, Isalo, Bemaraha et autres.
Cette injustice vient d’être dénoncée à l’échelle mondiale par l’organisme protégeant la nature Conservation International (CI) à Washington. « La biodiversité propre à Madagascar est altérée à un degré scandaleux par des gangs criminels qui profitent de la désagrégation de l’ordre public après le récent coup d’État. (…) Le dernier scandale a trait au commerce des lémuriens qui sont vendus comme viande de brousse aux propriétaires de restaurants, à l’origine du massacre des animaux », relate en partie le communiqué de CI, datant du 20 août.
La catastrophe peut se vérifier par un état des lieux effectué par les spécialistes au sujet de la disparition des lémuriens. « La récente descente sur le terrain au corridor Mantadia-Zahamena dans le but d’aller à la recherche de nouvelles espèces s’est montrée inquiétante. Après avoir fait plusieurs kilomètres, nous n’avons pas encore aperçu de lémuriens », révèle Tovonanahary Rasolofoharivelo primatologue et responsable de suivi et évaluation auprès de Conservation International (CI).
La disparition des lémuriens classés les plus menacés au niveau mondial comme Varecia rubra, rencontrée à Masoala ou le Propithecus candidus visible à Marojejy, risque d’être accélérée à grande échelle si aucune mesure n’est prise. Avec le gel des fonds alloués conjointement à la conservation et au développement de Madagascar par la Banque mondiale et les Etats Unis, la répression effectuée par les agents de terrain sur les braconniers est paralysée de la sorte.
En réponse, un haut responsable auprès des Eaux et fôrets dans la région Sava soutient qu’il n’est pas encore au courant de cet état de chose. « Nous attendons les nouvelles venant de nos collaborateurs, tout comme celles de Madagascar national parks (MNP) », soutient-il. Son attente risque d’être prorogée si l’on tient compte du sort d’un agent de MNP qui vient d’avoir les deux jambes cassées,ayant été agressé par des exploitants illicites de bois , selon la radio locale de Maroantsetra, mercredi.
Fléaux
En parallèle, l’hémorragie de coupe de forêts pour extraire le bois de rose fait également rage dans cette partie nord-est de l’Ile. Actuellement, la situation empire dans la mesure où les agents de contrôle des aires protégées comme à Masoala restent impuissants face à la situation. De sources concordantes, « les gendarmes sont en ce moment absents du territoire ». Il s’ensuit que la population vivant au dépens de la sauvegarde de la nature est terrorisée. « Les exploitants illicites de bois sont armés et nous menacent de mort si on continue de les gêner. Leur nombre s’accroit de jour en jour », confie la source en soulignant que ces gens sortent de la forêt avec du bois de rose.
Ces deux fléaux combinés affectent naturellement l’avenir de la biodiversité de Madagascar. « Personne n’arrive jusqu’ici à planter des arbres. Ce sont les lémuriens qui assurent la survie de nos forêts du fait qu’ils plantent des arbres en se déplaçant d’un endroit à un autre. De même, cet habitat naturel des lémuriens qu’est la forêt joue de surcroît un grand rôle sur le changement climatique. Nos forêts contribuent à la lutte de la réduction des émissions de gaz carbonique », conclut Tovonanahary Rasolofoharivelo. Un appel à la communauté internationale de CI vient d’être lancé pour venir en aide à la protection de la faune et la flore malgache.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4396 du 28-08-2009