Si les Sihanaka occupent la longue dépression étendue jusqu’au fleuve Mangoro, les Bezanozano s’insèrent entre la grande forêt orientale et les pentes du plateau central. En 1804, le naturaliste Chapelier est le premier à orthographier leur nom que G. Fontoynont traduit par «beaucoup de brins d’herbe». Ils prendraient ainsi leur nom des broussailles et herbes qui couvrent leur pays.
Ellis de son côté traduit le mot par «beaucoup de petits tas», allusion, croit-il, à «l’état d’anarchie dans lequel ce peuple vivait jadis». Un peu plus tard, le père Abinal estime qu’il s’agit d’un «peuple qui a beaucoup de rejetons», et le Rev. Jorgenson d’un «peuple de la brousse». Le commandant Noël, quant à lui, voit dans l’origine du terme un arbuste appelé «zano» qui abonde dans la vallée du Mangoro. Le Rev. Richardson donne une traduction analogue, en la faisant suivre toutefois d’un point d’interrogation.
«Aucune de ces interprétations n’est bien satisfaisante. En particulier, la plante signalée par Noël ne se nomme pas zano mais zahana et, en tout état de cause, on ne peut comprendre pourquoi cette prétendue racine aurait été redoublée pour former le nom de la tribu», conteste pour sa part Raymond Decary.
A. Grandidier, se basant sur le mot «zanozano» ou «zanozanokazo» (petits bouts de branches) ou sur le genre de coiffure formé d’innombrables petites tresses de cheveux, traduit leur nom par «beaucoup qui ont de petites tresses». Celles-ci peuvent être en effet assimilées à de petits rameaux. Berthier va aussi dans ce sens. De même Decary.
Ce dernier se reporte au nom primitif de la région, Ankay, et de ses habitants, Antankay, le mot «hay» ayant le sens de découvert, dénudé, dont la végétation est détruite par le feu. Et «la haute et moyenne vallée du Mangoro est demeurée un océan d’herbes qui jaunissent en saison sèche alors qu’au contraire, les Bezanozano- tous les hommes et une grande partie des femmes- ont modifié leur coiffure: les premiers portent les cheveux ras et les femmes les tressent d’une façon qui les rapproche plus ou moins de celles des Merina».
Un peu plus loin, à l’est du Betsileo, la grande forêt entre les hautes vallées du Sakaleona et du Matitanana, vivent les Tanala. L’origine de leur nom ne présente aucune difficulté. Ce sont des «gens de la forêt», appellation qui s’explique par le fait qu’ils vivent en majorité dans la forêt et de ses produits. Selon Ardant du Picq, ils sont capables de citer les noms de 300 arbres dont ils connaissent les particularités et les remèdes qu’ils peuvent procurer. Le même sens est donné par le père Tastevin qui ajoute que «ala» est aussi le nom de la forêt en wolof donc un mot africain.
Cantonnés sur les bords du Haut-Manampatrana au pied des montagnes et bien que se rapprochant des Tanala, les Sahafatra ont formé autrefois un petit groupe indépendant. Pour Decary, leur appellation «gens des clairières» est tirée de la nature de leur contrée (espace découvert en forêt).
Plus au Nord, les Betsimisaraka, deuxième en importance après les Merina, vivent le long de la côte orientale entre les rivières Bemarivo et Mananjary. D’après la tradition, le chef Ratsimilaho attribue vers 1700 ce nom de «nombreux inséparables» à l’ensemble des clans qui ont peuplé la région entre la baie d’Antongil et la rivière Iranja. Il les réunit en une sorte de confédération pour lutter contre ses ennemis du Sud, dirigés par le chef Tsikoa. Ces derniers vaincus, il leur impose le nom de Betanimena. C’est à la suite de cette victoire que Ratsimilaho est proclamé roi sous le nom de Ramaromanompo, «le seigneur qui a beaucoup de serviteurs».
Aujourd’hui, les Betanimena sont englobés dans les Betsimisaraka. Leur nom original est Tsitambala, «ceux que les palissades n’arrêtent pas». Et en fait, le nom que leur a donné Ratsimilaho est un sobriquet rappelant la prise de Fenoarivo. Au cours du siège de cette localité, Ratsimilaho fait mine de se retirer et les Tsitambala sortent pour ensemencer leurs rizières, pataugeant la terre rouge. C’est là que le volte-face de Ratsimilaho les surprend et ils doivent s’enfuir tout englués d’argile rouge.
Les Betsimisaraka sont parfois appelés par les Merina, Ambanivolo, «ceux qui sont sous les bambous», ou Ambaniravinkazo, «ceux qui sont sous les feuilles», par allusion à la nature boisée de leur pays et par opposition à Ambanilanitra, «ceux qui sont sous le ciel», nom attribué aux Merina eux-mêmes.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4390 du 21-08-2009