Le pillage en règle de nos ressources forestières inquiète au plus haut point l’Association des Ingénieurs Forestiers de Madagascar (AIFM). Les 115 personnes issues du secteur privé, de la société civile et de l’administration publique se sont réunies le 17 juillet dernier, à Ambatobe, pour accoucher d’un bilan accablant  S’appuyant sur cette réunion d’urgence des gens du métier, le Président de l’AIFM, Ndranto Razakamanarina, hausse carrément le ton au cours d’une interview pour fustiger le système qui permet d’opérer en toute légalité tout en étant illicite.
Midi Madagasikara : La dernière réunion de l’AIFM n’a été guère tendre envers l’Etat malagasy et surtout envers les trafiquants devenus de plus en plus nombreux dans le secteur. Que reprochez-vous exactement aux différents responsables ?
Ndranto Razakamanarina :
« La disparition à court terme de notre patrimoine forestier et de notre biodiversité nationale est en train de devenir une dure réalité. Il est logique que l’Association des Ingénieurs Forestiers que je préside, entend y mettre le holà en indiquant la marche à suivre au cours d’une réunion à Ambatobe. »
Midi : Peut-on savoir la goutte qui a fait déborder le vase ?
N.R. : « Les chiffres sont accablants puisque Madagascar accuse plus de 60 millions de dollars de perte rien qu’au cours des sept derniers mois et portant notamment sur l’exploitation illicite mais légalisée de bois de rose et de bois d’ébène. Un pillage en règle qui fait fi des devoirs auxquels sont astreints les forestiers de service pour ne citer que la conservation, la préservation de la biodiversité, l’écotourisme, la lutte contre l’érosion et les catastrophes naturelles. »
Midi : Quelle solution préconise l’AIFM ?
N.R. : « Ce n’est pas du tout sorcier car dans ce secteur, on connaît qui fait quoi et si le mal subsiste, c’est parce qu’il y a des agents véreux et assez souvent des hauts responsables qui ne connaissent rien dans le secteur et se contentent parfois de magouiller. Raison pour laquelle, l’AIFM réclame aujourd’hui la dépolitisation de l’administration forestière tout en donnant tous les postes aux techniciens intègres et efficaces et non à des politiciens dénués d’âme forestière et de conscience environnementale. »
Midi : Que peut-on tirer d’une situation redevenue normale dans le secteur forestier ?
N.R. : « La simple exploitation légale, durable et équitable des ressources forestières peut renflouer régulièrement la caisse de l’Etat d’au moins 250 millions de dollars US par an tout en permettant de faire perdurer des dizaines de milliers d’emplois pour la population malagasy. C’est dire combien ce secteur est important, or, il subsiste encore des freins, notamment le manque de moyens et de personnel  de l’administration forestière pour pouvoir appliquer la politique de bonne gouvernance et de gestion durable des ressources forestières. Comme la crise actuelle a enfoncé davantage le clou avec la suspension de l’aide internationale, la situation devient intenable. On ne peut pas se taire en voyant l’énorme attribut octroyé, illicitement légalisé, à quelques individus dont les pratiques vont à l’encontre de la préservation du patrimoine national. C’est révoltant ! ».

Extrait Midi Madagasikara – Parution N°7913 du 21-08-2009