La ville de Foulpointe a complètement changé de visage après l’incendie du 17août dernier. La reprise s’avère difficile selon la possibilité des victimes. Tous les sinistrés doivent repartir à zéro.
Le plus dur ne fait commencer pour les victimes de l’incendie survenu à la station balnéaire de Mahavelona-Foulpointe . Le pire reste à venir aussi bien pour les gros commerçants et leurs clients dont l’habitation a été consumée.
La reprise semble être difficile malgré le réconfort des autorités et des associations. Les aides matérielles accordées à la population sont loin d’être suffisantes pour refaire une vie normale. Encore, nombre de sinistrés sont pessimistes pour ce qui est de la distribution des dons.
« Que les responsables changent de pratique. Que les dons arrivent entre les mains des destinataires », déclare Elisabeth, mère de famille habitant la parcelle n°3. Elle est doublement indignée après le désastre. « Ma maison fait partie des dernières à être consumées. Avec l’aide de mes proches, j’ai quand même pu sauver mes biens, mais les profiteurs ne m’ont laissé même pas une cuillère », se lamente -t-elle.
Le Bureau national de gestion de risque et catastrophes (BNGRC) rassure la population locale. « Des responsables du bureau sont déployés sur place pour contrôler la répartition des dons et constater les éventuelles difficultés des sinistrés », déclare Louis De Gonzague Rakotonirainy, secrétaire exécutif du BNGRC.
Jusqu’ici, les sinistrés semblent partager les mêmes soucis: le redémmarage des activités et la reconstruction du quartier « commercial » de Foulpointe où ils sont implantés et la déception pour la perte considérable pour cette saison touristique. Aussi, la majorité des victimes se plaint avoir perdu leur épargne dans l’incendie. La pratique de bas de laine étant très courante malgré l’installation des institutions de microfinance dans la ville.
D’un côté, la capacité de reconstruire est tout à fait différente. Les plus aisés peuvent bénéficier de l’aide de leurs connaissances et de leur influence au sein des institutions bancaires. Cependant, les plus nécessiteux ne peuvent même pas se permettre d’acheter le minimum de matériels pour reprendre une vie normale, encore moins de reconstruire leur cabane faite de matières végétales.

La déception de Mopack
« Tout est à refaire pour les victimes de l’incendie. La haute saison touristique ne profitera sûrement pas aux sinistrés », déclare Philibert Mopack, commerçant à Mahavelona-Foulpointe. Son local et son domicile ont été rasés par le feu, lundi. « On est obligé à reconstruire parce que c’est notre activité principale. Par contre, on ignore par quel moyen va-t-on parvenir », dit-il.
Ce père de famille n’était pas sur le lieu au moment où le feu a ravagé sa propriété. «J’étais à Fénérive-Est quand mon épouse m’a appris le malheur qui nous est arrivé. La seule chose qui m’a consolé c’est qu’elle a pu sauver notre fille âgée de 4 ans qui restait avec elle ce jour-là», dit-il.

Vahoaka Clairine “Je ne retournerai pas en brousse”
Clairine (Claire pour ses proches) est complètement défaite après le drame qui lui est survenu. Cette gargotière et revendeuse de poulets a vécu un cauchemar, lundi. En déplacement à Ambohimanarivo, un petit village situé à la périphérie de Foulpointe pour s’approvisionner, elle a appris la mauvaise nouvelle sur la route de retour.
«Je dois repartir à zéro, avec ou sans l’aide de mes proches. Quoiqu’il y en soit, je ne pense pas retourner en brousse parce que je ne suis plus habituée à travailler la terre», exhorte Clairine.
Lundi, vers 16 heures, Claire regardait avec désolation les restes de sa case en «falafa» qui lui sert en même temps d’habitation et de point de vente. Outre les morceaux des bois que le feu n’a pas pu réduire en cendre, il ne lui restait qu’un coq, seul rescapé de sa basse-cour.

La Jirama réhabilite son réseau
«Les abonnés ne peuvent pas attendre et l’éclairage public doit être une priorité, surtout en cette période», déclare Jean Noël Andrianambinina Betsileo, directeur Inter-Régional de la Jirama Toamasina. «Tout sera remis à l’ordre dans 13 jours, y compris le branchement», poursuit-il.
203 millions d’ariary. Cest le coût estimé pour la réhabilitation du réseau électrique de la Jirama, après le lundi noir de Foulpointe. Cinq kilomètres de câble, 30 poteaux en bois à remplacer par des matériaux plus costauds. Tout ce travail attend l’équipe de Jean Noël Andrianam-binina Betsileo.
Mardi à l’aube, c’est à dire quelques dizaines d’heures après l’accident, des hommes en combinaison bleue embarqués sur des véhicules de couleur orange de la société Jirama commencent à poser les poteaux en béton. «La Jirama prône la politique de normalisation, c’est pourquoi on s’efforce de mettre en place des infrastructures plus solides», annonce Jean Noël Betsileo.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4389 du 20-08-2009