«Une charte des valeurs prônant la non-violence, la tolérance, le pardon, la réconciliation et le respect mutuel» : c’est ce à quoi les quatre signataires de l’Accord politique de Maputo se sont engagés.
L’objectif commun est la sortie de crise. Tout le monde a compris qu’il fallait un retour à l’ordre constitutionnel passant par la tenue d’élections libres et transparentes. Que l’ensemble des acteurs se soit entendu sur une «transition neutre, inclusive, pacifique et consensuelle» ne devait donc jamais signifier victoire des uns ou défaite des autres.
Pendant les pourparlers, j’étais favorable à un embargo pour épargner la susceptibilité des plus irréductiblement unilatéraux. Maintenant, et jusqu’aux élections, je souhaite que ce qu’on appelle la «stratégie politique» ne tiraille pas trop un compromis qu’on sait fragile. Certes, après des mois à entretenir auprès de ses partisans un manichéisme extrémiste, il doit être difficile de faire accepter le message du bon sens consensuel, mais cela ne doit pas signifier la fuite en avant dans une surenchère démagogique qui ne rend service ni à la démocratie ni aux interlocuteurs ainsi infantilisés.
La résolution durable de cette crise oblige à un changement de mentalité. La seule solution pérenne est dans notre posture intellectuelle. Et comme il ne faut pas s’attendre à ce que les hommes politiques confessent leurs erreurs successives, c’est à la population d’assurer ce cap qualitatif.
Le Mozambique était un pays en guerre civile, sur une ligne de front naguère propice aux escarmouches entre les deux blocs ennemis de la «guerre froide». Les troubles épisodiques de 1972, 1991, 2002 et 2009, sont certes traumatisants, mais ne représentent aucunement le climax asymptotique d’une vraie guerre. C’est pourtant de ce drame que le pays de Joaquim Chissano a réussi à se relever. Madagascar, et c’est une énigme malheureuse après «la plus belle énigme du monde» du peuplement de l’île, aura emprunté le chemin inverse : aucune guerre, aucun tsunami, aucune pandémie, et cependant, dans les principaux indicateurs, la Grande île est distancée par les performances du Vietnam ou du Cambodge.
On évoque l’instauration d’un processus de «vérité et réconciliation», mais je crois qu’il faut d’abord réconcilier le Malgache avec lui-même. Notre susceptibilité d’insulaires devient schizophrénie quand on oppose à notre marasme la réussite spectaculaire d’une île comme Maurice. Nous ne devons cependant nous en prendre qu’à nous-mêmes dans la pose méditative de vérité et introspection : qu’avons-nous fait des cinquante dernières années et que ferons-nous des cinquante années qui viennent ?

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4382 du 11-08-2009