La question sur la fixation d’un prix minima à l’exportation de la vanille continue de diviser les professionnels et les experts. Il y a ceux qui sont pour, mais les détracteurs de la mesure ne manquent pas non plus d’arguments. Entre les deux, ce sont les paysans qui en font les frais.
« Le plus important est maintenant de sauver les paysans ».
Michel Manceau qui est un expert international de la filière vanille estime que si des mesures draconiennes ne sont pas prises, les paysans producteurs de vanille risquent tout simplement d’abandonner la filière. « Les acheteurs internationaux et les grands utilisateurs de vanille ont une crainte : celle de voir les paysans abandonner tout simplement la culture de vanille », nous a expliqué Michel Manceau, lors d’une interview. Pour lui, les prix actuellement pratiqués sont très bas et ne permettent même pas aux paysans de couvrir leurs frais.

Bonne mesure

Actuellement dans la SAVA, la vanille est en effet bradée à raison de 10 000 Ar. le kilo du vrac. Michel Manceau de déclarer que les grands utilisateurs de vanille militent pour la préservation des intérêts des paysans producteurs. Une manière, en somme pour ce dernier de reconnaître que la fixation d’un prix minimum de 27 dollars à l’exportation est une bonne mesure. « Actuellement le prix pratiqué sur le marché international est de 24% et fixer un prix minimum de 27 dollars n’est pas un drame » estime Michel Manceau qui révèle par ailleurs que pour le moment, il y a encore sur le marché un stock de 2 000 tonnes de vanille. Une manière de dire que les productions de la campagne 2009 ne seront vendues que vers la fin de l’année.

Un seul concurrent

En somme, d’ici là, les professionnels de la filière, surtout les paysans auront le temps de bien s’organiser. Michel Manceau croit en effet que si la préparation se fait dans les règles de l’art, la vanille malgache peut encore se vendre très bien sur le marché international. Et ce, en raison du fait que les principaux concurrents de Madagascar ne font pas encore le poids. L’Ouganda par exemple ne produit que 200 tonnes de vanille qu’elle propose sur le marché international à 24 USD. La production indonésienne n’est pas bonne car la vanille de ce pays n’a qu’un taux de vanilline de 0,6% contre les 1,9% d’usage. La Papouasie ne produit pratiquement plus rien. Le vrai concurrent de Madagascar en termes de qualité, ce sont les Comores, mais ce pays voisin ne produit qu’entre 60 et 70 tonnes de vanille proposées sur le marché au prix de 35 à 40 USD.

Application stricte

Bref, selon Michel Manceau, il y a encore une marge de protection pour la vanille malgache. Raison pour laquelle, d’ailleurs, il n’hésite pas à déclarer que le gouvernement doit veiller à l’application stricte de cette mesure consistant à imposer un prix minimum de 27 USD à l’exportation. A noter que selon ce décret, le prix minima de la vanille verte est de 4 000 Ar., la vanille vrac est à 35 000 Ar et le prix minima FOB à l’export, à 24 USD. Mais le comportement actuel du marché est encore très loin de ces impositions. Par ailleurs, nombreux sont les opérateurs qui craignent que cette mesure soit uniquement à l’avantage de ceux qui ont déjà des stocks de leur vanille sur le marché international. Des questions se posent par ailleurs quant aux procédures à appliquer pour le rapatriement des devises obtenues grâce à la vente de ces produits dont les prix sont fixés par l’Etat.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° 7894 du 29-07-2009