James Hastie n’est pas très chaud devant le projet de Radama 1er d’envoyer une expédition armée dans le Menabe. Mais pour le roi, il s’agit surtout d’endurcir ses troupes (Bulletin de Madagascar. Sept-oct 1972).
Jeudi 13 juin 1822. Radama me répondit que son plus profond désir était de créer un commerce honorable; que l’expédition projetée l’était tout autant dans ce but pour réduire à l’obéissance les chefs rebelles de l’Ouest qui le provoquaient et le poussaient à se battre; que ses troupes qui venaient à peine d’être disciplinées, n’étaient pas assez habituées à la guerre pour qu’il puisse avoir confiance dans leur solidité. Aussi souhaitait-il qu’elles restent en campagne pendant une saison en espérant que pendant qu’elles poursuivraient ses ennemis et créeraient des garnisons, elles deviendraient ainsi aptes à de plus dures actions.
Radama ajouta que cette campagne ne l’amènera pas à retarder la création d’établissements et qu’autant de personnes que je considèrerais nécessaire pour commencer, seraient immédiatement placées sous les ordres d’un de ses principaux officiers si j’acceptais d’accompagner ce détachement. Il me fit part de sa détermination de faire une bonne route menant à tous les endroits choisis pour y créer un établissement commercial. Je fis remarquer au roi que les établissements ainsi créés devraient être entièrement sous ses propres ordres et être gouvernés par ses officiers, mais que je n’avais néanmoins aucune objection pour accompagner le détachement, et pour donner tous les conseils dont j’étais capable à l’officier qui serait chargé de son commandement. J’ai recommandé vigoureusement que les colons volontaires soient encouragés, que l’on ne créât aucun monopole, que toute personne qui se lancera dans cette entreprise reçoive en quittant l’Imerina des semences, des plants et des instruments aratoires, enfin qu’une petite garde militaire accompagnât le détachement pour assurer la sécurité.
Nous passâmes alors au choix du lieu où devrait être formé le premier établissement. Nous décidâmes que ce serait Foulpointe en raison de la qualité de son mouillage et parce qu’on pouvait établir des communications aisées à travers la région de l’Antsihanaka. Sur ce, le roi me quitta pour aller donner les ordres concernant le détachement destiné à aller sur la côte.
Lundi 17 juin. Ai visité les écoles dirigées par les Rev. Jones et Griffiths et leurs épouses.
Mardi 18 juin. Le roi m’informe qu’il a pris les dispositions nécessaires pour créer l’établissement commercial à Foulpointe et que 2 000 travailleurs et 100 soldats avaient reçu ordre de se rendre à cet endroit sous le commandement du prince Rafaralahy auquel des crédits en argent, troupeaux et toiles avaient été remis pour assurer la subsistance du détachement et pour acheter ce dont l’établissement pourrait avoir besoin.
Mercredi 19 juin. Ce jour étant la veille de la fête annuelle (Fandroana) de nombreux feux sont allumés dans chaque village de la région, si bien qu’une illumination générale s’étend sur tout le pays. Aussitôt après le coucher du soleil, la capitale est dans une grande joie. Des cérémonies se déroulent auxquelles, par invitation du roi, assistent les Européens résidant à Tananarive.
Jeudi 20 juin. Radama est revenu d’Ambohimanga à 3 heures, le village où son père est enterré et où les mêmes cérémonies sont renouvelées. Au cours de la conversation, le roi a montré son ardent désir de voir l’entreprise commerciale qu’il vient de projeter connaître le succès. S’il en était ainsi, il serait en état d’appliquer toutes les instructions dont le gouverneur Farquhar a bien voulu le favoriser (…). En parlant des progrès réalisés par les enfants confiés aux missionnaires, il me manifesta sa grande satisfaction.
Vendredi 21 juin. Dès le lever du soleil, le roi a quitté la capitale, escorté par son premier régiment pour se rendre au rendez-vous général des troupes sur le point d’entrer en campagne.
Samedi 22 juin. Ai acheté une case pour chacun des trois artisans missionnaires. Brooks le quatrième (il souffre d’une violente douleur au côté droit) est dans un état tel que je n’ai aucun espoir de guérison. J’ai eu la satisfaction en demandant aide aux personnes que le roi a investies de son autorité pendant son absence, de les trouver si disposées à accéder à ma requête que le terrain destiné à recevoir les cases a été aplani, les cases transportées sur une distance de plus d’un mile et reconstruites en un temps extrêment court, si bien que les artisans peuvent désormais commencer leurs travaux.
Le Rev. Jeffreys m’ayant exprimé le désir de commencer à enseigner à quelques élèves, j’ai obtenu la permission que des enfants soient envoyés à son école selon le nombre qu’il jugerait approprié de prendre en charge (Jeffreys ouvre son école le 25 juin avec 12 élèves, selon W. Ellis).
Dimanche 23 juin. Ai passé la journée en préparatifs pour accompagner le détachement en partance pour Foulpointe. J’ai dépensé 3 piastres pendant mon séjour à la capitale et j’ai distribué à quelques personnes qui m’ont fait des présents, 6 pièces de mouchoir et 2 pièces de toile blanche.
J’ai donné à la mère du roi (Rambolamasoandro) 20 yards de soierie et à ses 4 sœurs (on connaît surtout Rabodosahondra, sa sœur aînée et épouse du prince Ratefinanahary, et Ravaozokiny, femme de Rafaralahy), à Ratafika (un des deux jeunes frères de Radama envoyés étudier à Maurice), et aux ministres Ralala (ancien conseiller d’Andrianampoinimerina et chef des juges sous Radama) et Andriamamba (conseiller d’Andrianampoinimerina puis de Radama).
J’ai loué les services de 27 marmites (serviteurs) pour faire le voyage à travers l’Antsihanaka jusqu’à la côte pour 8 piastres.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4367 du 24-07-2009