L’art est le témoin de l’histoire. Mieux, l’artiste est le messager de l’histoire. Inscrites dans un livre, interprétées en chorégraphie, mélodiques dans une chanson, rendues indélébiles dans une œuvre et immortalisées par l’objectif du photographe, ces bribes de mémoires traversent le temps grâce au talent des artistes. Jean Luc Raharimanana, auteur, Rachid Ouramdane et Pierrot Men ont monté une exposition qui se déroule au festival d’Avignon jusqu’au 29 juillet, à la Chapelle du Miracle. « Création et mémoire » est un devoir de mémoire et un vrai rappel de l’histoire, celle de 1947, que traduisent les mots, les photographies et la scénographie. Des portraits d’hommes et de femmes qui gardent le dernier souvenir de l’atroce et sanglante insurrection de 1947 à Madagascar retrouvent vie aux cymaises de cette exposition. Des images d’archive remettent en mémoire cette tragédie de l’histoire. Pierrot Men a d’ailleurs fait le déplacement pour enregistrer le témoignage de ces personnes, derniers gardiens de cette portion de l’histoire, presque oubliées par le temps qui accélère l’histoire, aujourd’hui éreintées par le temps. Dans leurs regards transparaissent le poids de cette accablante révolte qui a laissé un goût amer de civilisation.
Chaque photographie de Pierrot Men est illustrée d’un texte de Jean Luc Raharimanana. Texte sombre et ironique parfois, mais réel et passionné. Les photos se superposent, créent un lien affectif entre le présent et le passé, comme celui de Raprosy, photo prise à Manakara II. Le noir et blanc que le photographe affecte profondément, engage d’ailleurs une certaine impression tragique. Pierrot Men relate ainsi de manière subliminale la triste partie de cette révolte qui marque un tournant dans l’histoire de Madagascar. Comme il le dit, « autant de piqûres de rappel pour les générations futures ».

Extrait Midi Madagasikara – Parution No 7888 du 22-07-2009