(MFI) Développer, au Sud, des projets qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, et vendre au Nord les crédits carbone ainsi dégagés : tel est le principe de base du mécanisme de développement propre que l’Afrique devrait chercher à exploiter.

Réunis en Italie dans le cadre du sommet du G8, les dirigeants des pays les plus riches – et de loin les plus grands pollueurs – se sont engagés à réduire de 80 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Une volonté qui passe aussi par la collaboration des pays émergents… grâce au Mécanisme de développement propre (MDP), un outil mis en place en 2005, après l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto.

Le principe du MDP est simple : chaque fois qu’un projet industriel visant à réduire les gaz à effets de serre est lancé dans un pays en développement, ce projet bénéficie de crédit carbone qu’il peut vendre à une société basée dans l’hémisphère Nord. Les industriels du Sud trouvent ainsi les moyens de financer leurs projets, ceux du Nord sont très demandeurs car ils ont parfois du mal à se conformer, par les seuls aménagements techniques, à la contrainte carbone qui pèse sur eux.

Souvent perçu comme un artifice dédouanant les industriels occidentaux de leurs obligations, cet outil a été très critiqué. Certains projets retenus n’étaient d’ailleurs pas suffisamment orientés vers la réduction des gaz à effets de serre selon les organisations non gouvernementales. Du coup, la commission exécutive qui donne l’agrément MDP a renforcé ses procédures de contrôle. L’obtenir est un processus lent et sinueux. Mais ça marche. Le cap des 300 millions de tonnes de CO2 évités a été franchi au tout début du mois de juillet. Cela correspond à ce qu’émettent en une année les centrales électriques du Royaume-Uni et de l’Espagne réunis.

Une usine à Bingerville pour traiter les détritus d’Akouedo : 71 000 tonnes de gaz évitées

Une société ivoirienne, la Sitrade, spécialisée dans la collecte des déchets, vient d’obtenir ce précieux label qui donne accès au marché du carbone. Une partie des détritus qui s’accumulent à la décharge d’Akouedo en produisant des nuages de méthane extrêmement polluants pourront être traités sans produire de gaz nocifs dans une usine qui sera construite à Bingerville ; 71 000 tonnes de gaz à effet de serre seront évitées, la multinationale de l’agro-alimentaire Cargill va les racheter. Cet agrément est un première dans la zone Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et un tout petit pas pour le continent africain, quasiment inexistant sur ce marché. La Chine, l’Inde, la Corée et le Brésil concentrent 90 % des crédits accordés à ce jour. Le continent a une carte à jouer dans cette activité, c’est la conviction de Fabrice Le Saché [1] qui a aidé la Sitrade à monter son dossier.

Extrait Madagascar Tribune – mercredi 15 juillet 2009, par MFI