Depuis près d’une semaine, la température a chuté, mais ces trois derniers jours, c’est une véritable vague de froid qui s’abat sur les régions centrales de Madagascar. Dans la capitale, en particulier, les populations se ruent sur les vêtements chauds, couvertures et autres appareils de chauffage d’appoint. Ceux qui possèdent des cheminées, les allument volontiers, même si la plupart d’entre elles n’ont été construites que pour la déco. Elles sont, de ce fait, dépourvues de tout dispositif de sécurité et sans aucune norme en matière d’évacuation de fumée et du monoxyde de carbone.
Nouveaux venus. Ce ne sont évidemment pas tous les ménages qui ont de quoi se tenir au chaud. La plupart des familles pauvres d’Antananarivo ont juste de quoi se couvrir la nuit. Les plus démunis ont augmenté en nombre de manière encore plus significative ces derniers mois, pour d’évidentes raisons de conjoncture économique particulièrement dure. Avec le début de l’hiver austral, c’est une grande galère qui commence aussi pour les sans-abri, dont le nombre est en hausse depuis maintenant quatre ou cinq mois. Ils sont, soit des sans-abri de longue date, soit des « nouveaux venus », victimes du chômage dû à la fermeture des usines dans la zone franche. Ils ont été chassés de leur logement faute d’avoir pu payer des loyers déjà très modestes.
Enfants et bébés. Aux alentours du marché communal de la Petite Vitesse, les sans-abri qui dorment dans la rue, sont des hommes, mais aussi de nombreuses femmes avec enfants, voire des bébés. Ils refusent de rejoindre les centres qui accueillent les sans-toit pour la nuit, et préfèrent toujours la rue malgré le froid. Parmi eux, Line et ses deux enfants, dont un bébé de 11 mois. Ils dorment à même le trottoir, à quelques pas de Tsaralalàna. Elle dispose d’une seule couverture en lambeaux et d’une montagne de papiers journaux récupérés qu’elle pose entre sa couverture et un morceau de toile, pour se couvrir la nuit, son bébé blotti contre sa poitrine pour qu’il profite de la chaleur du corps de sa mère. « C’est comme çà depuis des mois, mais cette semaine a été vraiment dure. Je ne veux pas aller au centre car on m’y a déjà volé des affaires et beaucoup de locataires ne tolèrent pas les pleurs de mon bébé la nuit et certains me crient après !». Il faut dire que Line est alcoolique. Elle n’a visiblement pas la capacité de s’occuper de ses enfants et ses chances de retrouver du travail sont minces, si l’on en juge par son état. Le peu d’argent qu’elle gagne en faisant de petits boulots dans les parkings du centre ville, est aussitôt dépensé pour des verres d’alcool.
Le cas de Line est loin d’être isolé. Depuis le début du grand froid il y a quelques jours, leur quotidien se complique encore plus et les nuits sont longues…

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° 7872 du 03-07-2009