Conjoncture : La Grande Ile reste encore et toujours un pays à risque. Ce ne sont pas les organismes internationaux de notation qui diront le contraire.

La Coface, par exemple, classe encore Madagascar dans la catégorie C regroupant les pays qui ont « des perspectives économiques et politiques très incertaines et un environnement des affaires comportant de nombreuses lacunes qui sont de nature à détériorer sensiblement le comportement de paiement ». En ce qui concerne les affaires, la note de la Coface fait état d’un environnement très difficile où « les bilans des entreprises sont souvent indisponibles et peu fiables, le recouvrement des créances est aléatoire. Les institutions présentent de nombreuses insuffisances. Les entreprises évoluent dans un cadre difficile. Cela constitue un risque important pour les transactions interentreprises.

Aggravation

Bref, la situation de Madagascar n’a pas évolué depuis la transition. Pire, l’on assiste à une aggravation de la situation marquée par une économie qui s’achemine petit à petit vers une grave récession. La hausse généralisée des prix des PPN, à l’exception du riz, et celle des carburants, ainsi que la dépréciation de l’ariary sont les signes annonciateurs d’une crise économique sans précédent. Les entreprises quant à elles, subissent chaque jour les effets néfastes de cette crise qui n’en finit pas. Raison pour laquelle, d’ailleurs, les opérateurs économiques ne cessent d’appeler les politiciens à trouver au plus vite un terrain d’entente et à œuvrer pour rétablir la situation normale et rattraper ainsi le temps perdu.

Croissance

Car qu’on le veuille ou non, et malgré les multiples erreurs du régime Ravalomanana, la croissance économique était une réalité ces dernières années. Dans son appréciation des risques, la Coface reconnaît d’ailleurs cette croissance. « La croissance a continué d’être tirée en 2008 par les investissements dans deux projets majeurs, les mines d’Ambatovy, riches en ilménite, cobalt et nickel, et le port de Taolagnaro. En 2009, l’activité, et notamment le tourisme, risque de pâtir de l’intensification des tensions politiques et sociales. Pour autant, la mise en service des mines d’Ambatovy et la vitalité du BTP devraient contenir le repli d’activité. L’inflation a été ramenée sous la barre des 10% en 2008, grâce aux efforts de développement agricole qui ont permis à Madagascar de se hisser au 2e rang des producteurs de riz de l’Afrique et de devenir quasi-autosuffisant. En 2009, l’inflation devrait poursuivre sa décrue à la faveur du repli des cours des matières premières et du raffermissement de la monnaie.

Bailleurs de fonds

Evidemment, ce pronostic de décrue de l’inflation ne se vérifiera visiblement pas sur le terrain, avec cette conjoncture de hausse généralisée des prix et de dépréciation de la monnaie. Ce d’autant plus que la suspension des aides des bailleurs de fonds prive le pays de ressources financières importantes qui devaient jouer en faveur de la reprise économique. Concernant justement cette question des aides des bailleurs de fonds, le milieu économique attend beaucoup des décisions que prendront prochainement la Banque Mondiale et la Commission Européenne, dans les jours qui viennent. La première devrait se prononcer sur la reprise des projets sociaux comme le FID et l’ONN, tandis que la seconde attend les explications des autorités de fait actuelles sur les questions essentielles de la démocratie, des droits de l’homme et de la bonne gouvernance conformément à l’article 96 de l’accord de Cotonou.

Extrait Midi Madagasikara – Parution No 7870 du 01-07-2009