A la mort de Ranavalona 1ère en 1861, son fils Rakoto monte sur le trône sous le nom de Radama II. Il est surtout réputé pour sa francophilie trop poussée, surtout aux yeux des Grands du Royaume habitués à «conseiller» sa défunte mère. D’autant qu’à l’insu de ces derniers, il a signé du vivant de sa mère avec Lambert une Charte qui place Madagascar sous le protectorat français. À cela s’ajoute la vie de débauche qu’il mène avec ses «mignons», les Menamaso.
C’en est assez pour les Grands du Royaume qui commettent «un régicide sans précédent» en l’étranglant avec une étoffe de soie (il est interdit de verser le sang d’un souverain) en 1863. Sa femme Rasoherina lui succède. Peu après, elle doit payer une forte indemnité à la France pour le rejet de la Charte Lambert que ni elle ni les Grands ne veulent contresigner.
Avec le règne de Rasoherina commence ce que les auteurs appellent la période du «Manjaka hova». Car à partir du 14 juillet 1864, Raharo (Rainivoninahitriniony) perd sa charge de Premier ministre à l’avantage de son frère cadet Rainilaiarivony. Ce dernier sous trois reines successives détiendra le pouvoir, selon une règle établie sous Ranavalona 1ère qui précise que le Premier ministre devient l’époux de la Reine.
Rasoherina meurt en 1868, après avoir reçu le baptême catholique des mains de Jean Laborde. Sa cousine germaine Ranavalona II la remplace. C’est la première reine chrétienne et elle fait brûler les «sampy» (idoles) royales en vénération depuis Andrianampoinimerina. Les relations avec l’extérieur sont assez bonnes jusqu’à la mort de Jean Laborde en 1874.
D’après les us et coutumes, selon lesquels les étrangers ne peuvent pas posséder de terres à Madagascar, le gouvernement royal revendique la succession de Laborde. Avec l’implantation du pavillon merina sur la côte Ouest, c’est le prétexte de la première guerre dite franco-hova en 1883-1885. Ranavalona II meurt à ce moment-là et c’est la princesse Razafindrahety qui monte sur le trône sous le nom de Ranavalona III.
La guerre n’est pas poussée de part et d’autre avec vigueur. Les amiraux Pierre, Galiber et Miot se succèdent du côté des Français, sans qu’une confrontation soit particulièrement sérieuse, hormis la bataille d’Andampy où se signale le capitaine Pennequin, le 27 août 1885.
Quant aux Merina, ils résistent ferme un peu partout, en particulier à Farafaty, d’où les Français essaient vainement de les déloger le 10 septembre. Cela n’empêche pourtant pas le Premier ministre qui craint l’aggravation du conflit, d’accepter de négocier le traité de 1885, habilement préparé par Miot et Patrimonio. Traité qui stipule, entre autres, que Diego-Suarez est cédé en toute propriété à la France et qu’un résident français s’installe à Antananarivo.
Sur les relations de Madagascar avec l’étranger, une ambiguïté plane notamment en ce qui concerne la traduction en malgache du Traité. Cela permet à Rainilaiarivony d’interpréter à sa manière, en 1890, la clause sur l’exequatur des consuls et agents étrangers. Mais les Français ne l’entendent pas ainsi et en 1894, le gouvernement français y voit une violation du Traité et l’utilise comme prétexte à la deuxième guerre qui devient la campagne décisive de 1895. Commencée par le débarquement à Mahajanga du corps expéditionnaire commandé par le général Metzinger, le 1er mars 1895, elle finit par la prise de la capitale le 10 septembre par le général Duchesne. Madagascar est proclamée protectorat français.
Cinquante-cinq jours plus tard, un dernier soubresaut du nationalisme maté se manifeste dans un mouvement de résistance, celui des Menalamba, mais est mal organisé. Le résident général Laroche jugé trop faible est aussitôt remplacé par le général Gallieni qui, de force, rétablit l’ordre. En France, la Chambre des députés prend une décision unilatérale et déclare, le 6 août 1896, Madagascar comme colonie française et le 28 février de l’année suivante, Ranavalona III est déposée et envoyée en exil à La Réunion par un arrêté de Gallieni qui, de son propre chef et sans l’autorisation explicite du gouvernement, abolit la royauté.
Depuis cette date, Madagascar entre dans une ère nouvelle, celle de la domination française.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4338 du 19-06-2009