La crise politique frappe tout. L’artisanat dont on a célébré la journée mondiale hier n’est pas épargné car on assiste actuellement à une mort lente de cette filière qui joue pourtant un rôle important dans l’économie.

« Savez-vous à quoi est consacrée la journée d’aujourd’hui ? » Pratiquement tous les artisans opérant au Pochard et auxquels nous avons posé la question n’étaient pas capables d’y répondre. Et pourtant, hier a été consacrée journée mondiale de l’artisanat. Ce qui constitue la preuve que les principaux concernés par la filière l’ignoraient.

Baisse progressive 

« Je ne sais pas, je n’écoute plus les radios, car ça ne m’intéresse plus avec cette crise politique qui ne trouve toujours pas de solution » déclare R.M, une mère de famille propriétaire d’un pavillon de vente d’objets artisanaux au Pochard.  Ce qui la préoccupe surtout c’est de trouver comment assurer quotidiennement les besoins fondamentaux de sa famille en raison du fait que sa profession ne lui procure plus l’argent nécessaire pour y faire face. « Depuis le début de la crise politique en janvier, surtout pendant les troubles, nous avons enregistré une baisse progressive de nos chiffres d’affaires journaliers », ajoute-t-elle en expliquant que la principale raison de cette mévente des produits artisanaux est la disparition des touristes étrangers.

Touristes étrangers

En effet, les clients des artisans sont constitués, selon eux à 80% de touristes étrangers. Or, en raison de la crise politique, ces derniers ne viennent plus. « Il n’y a plus que très peu de touristes qui passent nous voir actuellement. Et le peu de touristes qui viennent nous rapportent qu’ils étaient nombreux à vouloir venir mais la plupart ont décidé de rester chez eux en apprenant que la crise politique perdure, surtout à Antananarivo » raconte une autre commerçante de produits artisanaux qui avoue que sa profession ne lui rapporte plus que très peu d’argent. « Il y a des jours où en rentre avec seulement 3000 Ar et même rien du tout » ajoute-t-elle. Et elles ne sont pas les seules puisque pratiquement toutes les boutiques du Pochard rencontrent le même problème. « On ne peut pas compter sur les 20% de clients malgaches qui eux-mêmes connaissent des problèmes d’argent », selon toujours notre interlocutrice qui ne sait vraiment plus à quel saint se vouer. « Avec cette crise il n’y a visiblement pas d’autorités capables de s’occuper de notre sort» ajoute-elle.

Crainte

En tout cas, pour ces professionnels de l’artisanat, il est plus qu’urgent de retourner à la situation normale afin que les touristes qui sont leurs principaux clients reviennent. « Même si les autorités déclarent qu’elles vont s’occuper de la filière, ce sera peine perdue si les clients ne sont pas là ». Par ailleurs, les artisans du Pochard commencent actuellement à avoir de la crainte concernant leur emplacement. Des rumeurs persistantes circulent en effet sur la décision que prendrait la propriétaire du Pochard de l’affecter à d’autres projets. « Si c’est vraiment le cas, ce sera un grand problème pour nous », déclare un autre artisan. Avant de terminer que si les autorités de tutelle veulent vraiment aider les artisans il est temps qu’elles améliorent leurs conditions de travail.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° : 7854 du 11 juin 2009