« Mesure d’austérité » : c’est l’alibi avancé par la Haute autorité de la transition pour expliquer le « détournement » du vol MD 058 vers Dakar alors qu’il devait rallier directement Marseille et Paris. Ce vol régulier était arrivé à Paris avec 9 heures de retard sur l’horaire prévu, et publié régulièrement dans les journaux. À Dakar, les passagers avaient donc dû attendre, que l’entrevue entre Abdoulaye Wade et Andry Rajoelina prenne fin avant de pouvoir rejoindre Marseille et enfin Paris.
Voilà une « mesure d’austérité » qui risque de coûter cher à la compagnie nationale Air Madagascar. Déjà, tout le monde jase de ses problèmes financiers, de la vétusté de sa flotte, de son rôle désormais secondaire face à une concurrente régionale comme Air Mauritius. Il ne faudrait pas qu’Air Madagascar devienne Air Sénégal : une fois, au départ de Paris, le vol a été retardé de huit heures sans que le comptoir d’Orly ni celui de Dakar soit en mesure d’anticiper la moindre information. Évidemment, si on prend la mauvaise habitude de réquisitionner un vol régulier pour le détourner aux antipodes de la destination attendue par les deux centaines de passagers, ce sont les futurs clients qui se détourneront d’une compagnie sujette, moins aux fortes perturbations atmosphériques qu’aux oukases stratosphériques des officiels malgaches.
Air Madagascar est une compagnie aérienne dont le métier principal est de convoyer des passagers payants d’un point déterminé à un autre point bien précis. Combien cela coûterait de rembourser à des passagers légitimement offusqués les dommages et intérêts du préjudice qu’ils auront subi ? Combien cela coûterait en frais de gîte et de bouche de devoir faire patienter des centaines de passagers dans des palaces contactés dans l’urgence ou dans un aéroport du tiers-monde dont ils n’auraient pas le droit de sortir, faute de visa ? Combien cela coûterait de compenser le manque à gagner d’hommes d’affaires égarés à Dakar, ou à Bamako, alors qu’ils s’attendaient à être déjà opérationnels aux premières heures ouvrables à Marseille (arrivée normale à 8 heures 10 du matin) ?
Au moins, l’acquisition d’un avion présidentiel avait permis d’épargner aux passagers « normaux » le désagrément d’une réquisition impromptue. Mais, parce que cet avion présidentiel avait été justement le cheval de Troie de la « lutte populaire », pourquoi les officiels malgaches ne voyageraient-ils pas en première classe d’un vol régulier ? Cela demanderait certainement un peu moins d’improvisation, comme ces invitations à la dernière minute qu’il faut honorer dans l’immédiat.
Air Madagascar ne fait tout de même pas dans le taxi-brousse. Comme ces cars qui attendent sans heures fixes que tous les sièges soient pris. Et, en gros, sur le pare-brise :
« Ambato, anio, direct ». Si Air Mad était un train omnibus, il lui faudrait desservir toutes les escales intermédiaires, mais uniquement selon un itinéraire prédéterminé, sans inconnue de dernière minute. Les plus grandes dérives autocratiques ont toujours commencé par de menus travers et caprices auxquels tout le monde a fait l’erreur de trop facilement pardonner.
« Air Madagasy tara » : les avions qui partent avec beaucoup de retard parce qu’on a dû attendre une haute personnalité, les habitués d’Air Madagascar connaissent. Horaires fantaisistes, à la discrétion des ministres ; plan de vol aléatoire, à la discrétion du gouvernement : aucune explication de « mesure d’austérité » ne pourrait excuser ce manque flagrant de professionnalisme de la part d’une compagnie, d’abord commerciale. On attend des excuses de la part d’Air Madagascar, sinon du ministère de tutelle, à moins que ce ne soit le rôle de la présidence de la HAT. C’est vraiment trop de légèreté pour une société qui fait dans le service.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4323 du 02-06-2009