Patrick Ramonjavelo, spécialiste en transport aérien et tourisme international, administrateur de Tourism Training Center, 1er centre de formation agréé IATA de l’Océan Indien", lors de son passage dans le pays, n’a pas pu s’empêcher de donner son point de vue sur la situation actuelle du tourisme. Interview.

Midi Madagasikara : Comment voyez-vous la situation dans le secteur du tourisme à Madagascar ?
Patrick Ramonjavelo : L’industrie du tourisme malagasy subit les effets cumulés de deux crises « exogènes » : l’une est à caractère économico-financier à l’échelle mondiale dont la fin ne peut encore être prédite. Celle-ci affecte le pouvoir d’achat des ménages de nos principaux pays émetteurs de touristes. La seconde est politico-sociale sur la scène nationale. Celle-ci, qui est en cours de résorption depuis quelques semaines, a fait de Madagascar une destination à risque.
Ceci étant dit, pour paraphraser Sun Tzu : « Les crises sont à la fois menaces et opportunités». . En ce qui concerne la destination Madagascar, il faudrait profiter des moments de flottement actuels pour enclencher les réformes qui vont bien et restructurer les offres et produits touristiques.
MM : Comment les professionnels étrangers du tourisme perçoivent-ils la situation ?
PR : Les professionnels européens du tourisme suivent de très près l’évolution de la situation
qui prévaut à Madagascar. Les derniers retours reçus de ces cercles de professionnels sont teints d’optimisme quant à un retour à une stabilité politique effective très prochainement. Les bons de commande pour la période faste allant de juillet à décembre sont en cours de remplissage. Faisons tout pour faire le plein !
M.M. : Dans sa situation actuelle, la destination a-t-elle une chance de se relever ?
P.R. : Oui, la destination a toutes ses chances pour se relever. D’autant plus que les groupements de professionnels du tourisme malagasy, avec comme métronome l’Ontm, ont déjà établi et validé unanimement un plan de relance de l’industrie. Cette anticipation est également une chance.
M.M. : De quelle manière selon vous, Madagascar devrait conduire les promotions futures pour
cette relance ?
P.R. : Le tourisme malagasy a connu trois années de croissance à deux chiffres. Cela veut dire
que les promotions passées ont été de francs succès. Toutefois, nous évoluons aujourd’hui dans un nouveau contexte suite aux crises sus évoquées. Par conséquent, la réussite des futures promotions n’aura d’égale que la bonne prise en compte des nouvelles variables – endogènes et exogènes.
Par ailleurs, après une analyse personnelle de l’offre Madagascar, je recommanderais fortement à tous les acteurs de l’industrie du tourisme malagasy une meilleure présence sur Internet. En effet, pas moins de 70% des Européens préparent leur voyage en surfant sur la toile. Internet est devenu le premier prescripteur de voyages. Il faut aussi s’adosser à la diaspora malagasy, forte de 50.000 personnes, pour relayer et consolider les promotions de la destination Madagascar. Il faut dorénavant ne plus les considérer uniquement comme des clients mais aussi comme des partenaires. Le tourisme est l’affaire de tous !
M.M. : Il nous faudra combien d’années pour retrouver le niveau de 2008 ?
P.R. : La stabilité politico-sociale est le principal pré-requis pour la relance du tourisme. Si elle est satisfaite, tout peut aller très vite, à tel point qu’un dépassement du niveau de 2008 serait possible sur douze mois glissants.
M.M. : Un dernier mot ?
P.R. : Enfin, il faut garder à l’esprit que les retombées directes, indirectes et induites générées
par le tourisme sont essentielles à Madagascar : recettes de devises, création et développement des milliers d’emplois, raffermissement des tissus économico-sociaux, aménagement du territoire et échanges culturels. Charge à nous de tout faire pour que ce secteur marche.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° : 7835 du 18 mai 2009