Parce qu’il craint que les pertes humaines n’empirent en nombre, le Premier ministre Rainilaiarivony négocie avec la France le traité de 1885 habilement préparé par Miot et Patrimonio, pour mettre fin à la première guerre franco-hova. Ce traité stipule, entre autres, que Diego-Suarez serait cédé en toute propriété à la France et qu’un résident s’installerait à Antananarivo. Toutefois, sur les relations de Madagascar avec l’étranger, une ambiguïté plane particulièrement en ce qui concerne sa traduction en malgache. Ce qui permet plus tard une interprétation, autre que ne l’entendent les Français, des clauses du traité portant sur l’exequatur des consuls et agents étrangers.
Cela se passe en 1890. En fait, la question prête à certaines confusions puisque les consuls étrangers, à l’instar de celui des Etats-Unis Walter, demandent leur agrément à Rainilaiarivony et non au résident Lacoste. En outre, à Paris le gouvernerment français lui-même n’envoie pas d’instructions précises à ses représentants. «Le fait d’ailleurs que le résident général Bompard prit sous sa protection un indésirable comme Kingdon n’était-il pas de nature à incliner le Premier ministre à interpréter la question dans le sens qu’il lui donnait?» (Régis Rajemisa-Raolison).
En 1894, le gouvernement français y voit «une violation du traité» et en fait le prétexte d’une deuxième guerre qui va devenir la campagne décisive de 1895. Commencée par le débarquement de Mahajanga le 1er mars du corps expéditionnaire commandé par le général Metzinger, elle finit par la prise d’Antananarivo par le général Duchesne le 10 septembre. Madagascar est proclamé protectorat français.
Cinquante-cinq jours plus tard, «un dernier soubresaut de nationalisme maté se fait sentir dans un mouvement de résistance mal dirigé», connu sous le nom de Menalamba. Ce mouvement insurrectionnel devra s’étendre en mars 1896 à de nombreux points de l’île. A la reine Ranavalona III revient la lourde tâche d’exhorter le peuple au calme et de pacifier les esprits. Ses efforts restent vains.
Parallèlement, Laroche jugé trop faible est remplacé par le général Joseph Simon Gallieni qui rétablit l’ordre par la force. Entre-temps en France, la Chambre des députés prend une décision unilatérale et déclare le 6 août 1896 «Madagascar, colonie française». Le 28 février de l’année suivante, Ranavalona III est déposée et envoyée en exil à La Réunion par un arrêté de Gallieni qui, de son propre chef et sans l’autorisation «explicite» du gouvernement français, abolit la royauté merina. De La Réunion, la reine est dirigée quelques années plus tard sur Alger où elle meurt en 1917, âgée de 71 ans.
A partir du 28 février 1896, Madagascar entre dans une nouvelle ère : la tutelle de la France. Gallieni, parallèlement à son action de pacification menée d’une poigne de fer, se lance dans "son" œuvre de colonisation. Il désigne des collaborateurs «qui lui sont dignes» pour le seconder un peu partout. Tels les chefs militaires Joffre, Lyautey, Rocques… «La grand œuvre de pacification et d’organisation de Gallieni eût été sans ombre si tout en s’efforçant de faire de l’île un beau joyau de l’empire, il se fût montré plus humain et moins soucieux de mater la personnalité malgache».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4310 du 15-05-2009