Moins de 10% seulement des terrains cultivables d’une surface de 36 millions Ha sont exploités.  « Arrêtons l’aide alimentaire suite à la flambée des prix, car elle ne fait que favoriser la spéculation sur le  prix des denrées ». Ces propos émanent de Erick Rajaonary, le directeur général de la société Guanomad lors d’une conférence de presse hier à Ambohidahy. Certes, certains secteurs comme le tourisme, fortement touchés par la crise sont maintenant priorisés, mais il est urgent de relancer la filière agro-alimentaire pour faire face à la crise alimentaire affectant de nombreux pays dans le monde, y compris Madagascar. Cet opérateur issu du secteur agricole lance ainsi une alerte aux bailleurs de fonds et au gouvernement en place, car aucune visibilité n’est encore observée pour la préparation de la campagne de culture de contre-saison qui devra demarrer ce mois-ci.

Prochaine campagne compromise

Notons que la crise alimentaire se manifeste par l’indisponibilité des denrées à proximité des lieux de consommation et la hausse de leur prix. La situation actuelle n’est pas encore alarmante car la production rizicole est prometteuse, compte tenu de la politique de subvention de la filière menée par l’Etat en partenariat avec la Banque Mondiale et le FMI. La convention tripartite entre le ministère de tutelle, les fournisseurs d’intrants et les institutions de micro-finance (IMF) a permis  aux paysans d’améliorer leurs récoltes tout en leur permettant de rembourser leurs crédits l’an dernier. Mais la prochaine campagne culturale pourrait être compromise si l’on ne poursuit pas cette politique de subvention agricole, a fait savoir Erick Rajaonary. Cet effort n’a servi à rien, si les prix au producteur sont en baisse favorisant plutôt les spéculateurs.

Non-reconnaissance des bailleurs

En fait, une extension de la surface à cultiver permet une amélioration de la production, car moins de 10% seulement des terrains cultivables d’une surface de 36 millions Ha sont pour l’heure exploités. La vulgarisation de la technique de culture moderne est aussi de mise puisque sur les 1 721 000 de riziculteurs recensés, 65 000 d’entre eux la pratiquent. En outre, la société Guanomad les sensibilise en matière d’utilisation d’intrants à meilleur dosage. La commune d’Ambohimanambola a connu une  hausse non négligeable de sa production grâce à l’utilisation d’engrais guano. Mais la volonté des autres acteurs tels les IMF à offrir des services de proximité avec un taux d’intérêt plus bas et l’intervention de l’Etat dans la réhabilitation des infrastructures d’irrigation s’imposent également pour relancer la filière rizicole. Du côté du ministère de l’Agriculture, toutes ces actions visant à mettre en oeuvre la Révolution Verte sont suspendues. Les bailleurs continuent à appuyer les projets en cours afin de poursuivre la politique de subvention agricole mais c’est insuffisant. De plus, le déblocage du financement ne peut se faire si jamais les responsables signataires actuels sont remplacés étant donné la non-reconnaissance des bailleurs du gouvernement en place, a-t-on appris de source ministérielle. 

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° : 7832 du 14 mai 2009