Charles Aznavour, 85 ans, chanteur français d’origine arménienne, a été officiellement nommé ambassadeur d’Arménie en Suisse, ce 6 mai 2009 ». Derrière la sécheresse d’une dépêche d’agence, il y a l’amour fidèle d’un octogénaire pour le pays de ses parents.
En 1975, Charles Aznavour avait chanté en souvenir du génocide des siens, perpétré soixante ans plus tôt : « Ils sont tombés sans trop savoir pourquoi/Ils sont tombés pudiquement, sans bruit/Par milliers, par millions, sans que le monde bouge/Moi, je suis de ce peuple qui dort sans sépulture/Qui choisit de mourir sans abdiquer sa foi/Qui n’a jamais baissé la tête sous l’injure/Qui survit malgré tout et ne se plaint pas ». Pour apporter son soutien après le séisme de 1988, qui avait fait 30.000 victimes en Arménie, Charles Aznavour avait mobilisé 90 chanteurs pour un disque qui sera vendu à un million d’exemplaires. Charles Aznavour, fait « héros national » de son pays d’origine en 2004, avait recouvré la citoyenneté arménienne, en décembre 2008.
Celui qui nous est plus connu pour chanter merveilleusement le Montmartre de ses vingt ans, n’a donc jamais oublié ses origines tout en rendant hommage à la France, le pays où il a toujours vécu. Patriotisme ou nationalisme : au-delà des étiquettes, « amour des siens » contre « haine des autres », reste cet attachement indéfectible envers le « Tanindrazana ». C’est un sentiment bien connu des Malgaches, qui s’obstinent à ramener dans le tombeau ancestral les « taolam-balo » (huit os longs). Quand une devise comme « Ho an’ny Tanindrazana » (pour la patrie) est bafouée, il est bon de pouvoir se réconcilier, même par procuration, avec les repères habituels de l’humanité civilisée.
Ambassadeur en Suisse, mais également représentant permanent de son pays auprès du bureau des Nations-unies à Genève. « Le meilleur d’entre nous » disait un ancien président français de l’un de ses fidèles lieutenants. Le poste d’ambassadeur n’est donc pas simplement une récompense pour services rendus aux intérêts d’un parti ou de son chef. Un ambassadeur, c’est la projection de son pays. La démonstration du patriotisme, justement parmi toutes les autres nations. Charles Aznavour aime son pays, et c’est déjà le message. Les siens se reconnaissent en lui, tandis que les autres se font une idée des siens par lui. Encore une fois, quand les nominations ou les rappels apparaissent davantage comme des récompenses ou des sanctions, il est bon, même par procuration, de pouvoir se rassurer à des valeurs qu’on croit non négociables.
Dans « Pour toi, Arménie », Aznavour chante « Et même si tu maudis ton sort/Dans tes yeux, je veux voir/Arménie/Une lueur d’espoir/Une flamme, une envie/ De prendre ton destin/Entre tes mains ». Merci, Monsieur Charles, de cette leçon de civilisation.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4303 du 07-05-2009