La fondation de la ville de Toamasina remonte aux environs de 1800. En effet, en 1804 sur l’ordre de Napoléon 1er, le général Decaën, grand défenseur de l’Ile de France (Maurice) place Sylvain Roux à la tête de la ville avec le titre d’agent général. «On peut dire qu’à partir de cette date, en qualité de port principal de la Grande île, Tamatave devint l’objet de diverses convoitises politiques» (Rajemisa-Raolison).
Le 8 février 1811, Sylvain Roux doit capituler devant les Anglais qui prennent la ville après s’être emparés, l’année précédente, de La Réunion puis de l’île de France. Cependant, habile et rusé, avant de quitter la ville il s’entend avec Jean René, un commerçant de père français et de mère betsimisaraka, à qui il confie son pouvoir sur Toamasina. Mais comme la possession britannique est purement théorique, Jean René se fait bientôt proclamer roi des Betsimisaraka du Nord au Sud, après avoir supplanté le légitime Tsialana. Souveraineté qui ne durera pas car en mars 1817, l’armée hova s’empare de sa capitale et Jean René se reconnaît comme vassal de Radama 1er à Manareza où il prête serment de fidélité au roi merina. Mais loin de l’humilier, Radama le traite avec beaucoup d’égards et le nomme «andriambaventy» de Mananjary.
A partir de cette date, Toamasina est entre les mains des Hova et 14 gouverneurs nommés par les souverains merina s’y succèdent jusqu’à la conquête française. Parmi eux, Ratefinanahary, beau-frère de Radama, et Rainandriamampandry, oncle de Ranavalona III. Ce dernier est accusé d’avoir été un des auteurs du soulèvement des Menalamba.
Prince, petit-fils d’Andriambahoaka II roi de l’Imamo, et mari de Rabodosahondra, sœur de Radama 1er, Ratefinanahary est un homme intelligent et instruit, parlant couramment l’anglais et le français. Il est envoyé par le roi comme ambassadeur à l’île Maurice et en Angleterre (1820) avant d’être nommé successivement gouverneur de Mananjary, puis de Toamasina (1825). Toutefois, le 6 octobre 1828, «la cruelle et ombrageuse Ranavalona 1ère», montant sur le trône, le fait assassiner avec sa femme à Alatsinainy, à l’est d’Ambatomanga, alors que sur ses ordres, ils montent à Antananarivo.
«Ranavalona, en supprimant Ratefinanahary et Ramananolona (cousin de Radama qui mène l’expédition du Fort Dauphin en 1827 et en devient le gouverneur) et en écartant Ramanetaka (frère du précédent qui joue un rôle important dans l’expédition du Boina et devient le gouverneur de Mahajanga en 1824), se priva de l’aide d’hommes éminents qui lui eut été bien précieux dans le gouvernement de ses Etats».
En 1829, Toamasina devient une de ces villes d’importance stratégique dont le sort est menacé à tout instant. La même année, le capitaine de vaisseau Gourbeyre est désigné par la France «pour venger l’affront qu’elle estimait lui avoir été fait sous Radama 1er». Ainsi, le 11 octobre, Gourbeyre bombarde la ville après avoir pris Tintingue. Il est moins heureux devant Foulpointe où ne pouvant enlever d’assaut une redoute située à l’intérieur des terres, les troupes françaises doivent battre en retraite. «Cette expédition n’aura pas de suite à cause de la Révolution de 1830».
Plus tard, le 15 juin 1845 le commandant Romain Desfossés, de concert avec le capitaine anglais Kelly, bombarde également Toamasina en signe de protestation contre un édit de la reine par lequel «tous les Européens avaient à choisir entre la soumission aux lois du pays ou l’exil». Leurs troupes emportent des postes avancés mais ne peuvent forcer le mur d’enceinte de la batterie hova. Elles doivent se retirer, laissant leurs morts à la merci des soldats hova.
Quatre décennies plus tard, le 13 février 1883, le ministre français des Affaires étrangères Jules Ferry envoie dans la Grande île une expédition commandée par l’amiral Pierre dans le but d’obliger Ranavalona II à reconnaître les droits de la France sur l’île et d’accorder pleine satisfaction aux héritiers de Jean Laborde. Ce dernier n’a pas échappé au sévère édit de Ranavalona 1ère qui bannit tous les Européens de l’île à la suite du complot de 1857, et le gouvernement hova a revendiqué sa succession en vertu du principe immémorial que la terre appartient à la reine. En fait, pour les Français il s’agit d’un prétexte pour provoquer la première guerre avec Madagascar.
Le 16 mai, l’amiral Pierre s’empare de Mahajanga, puis se rend à Toamasina d’où il envoie un ultimatum à la reine. A la suite d’une réponse négative, il bombarde Toamasina le 9 juin, que les Hova abandonnent pour se retirer dans leur camp imprenable de Farafaty, à 6 km à l’intérieur des terres.
Fin novembre 1883, l’amiral Pierre fait arrêter et traduire en conseil de guerre le prédicant Shaw, accusé de complicité avec les Hova de tentative d’empoisonnement sur une poignée de soldats français.
Sur les réclamations du cabinet britannique, non seulement Shaw est relâché mais il reçoit une indemnité. Frappé dans sa fierté d’officier, l’amiral Pierre tombe malade et reprend le chemin de la France. Mais il meurt avant de toucher son pays.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4293 du 24-04-2009