Ruban de bitume presque rectiligne, entre une haie de herbes hautes qui cachent les bornes kilométriques. Pas vraiment l’idée qu’on se fait du Sud et de son aridité légendaire. Un champ de baobabs charnus et feuillus vous accueille. Sakaraha, dernière grande étape sur la RN7 à destination de Toliara. À 800 kilomètres de la capitale, mais, la même réalité du tiers-monde. Ses échoppes de saphir ayant pignon sur la Route nationale, ses pistes adjacentes en piteux état, une mosquée voisine d’un collège rural catholique (comme toujours excellemment entretenu), et un peu plus loin la marchande de mokary et ses cantiques FFPM. Le réseau est plutôt Zaïn, l’électricité comptée.
Plus tôt, un peu avant le parc national de Zombitsy, il faut prendre à l’Est et emprunter pendant une petite heure la vingtaine de kilomètres d’une piste sablonneuse qui débouche, quelque part au milieu d’un horizon qu’on croirait infini, à Tanandava-Ifantso, village qui surgit sans prévenir au détour d’un ultime bosquet. Cette Chronique leur est dédiée, au moins, pour faire émarger cette foule d’anonymes dans les quotations de Google.
À côté du squelette d’un projet jamais achevé du FID, quatre salles de classe, deux autres qui sortiront bientôt de terre, pour une capacité d’accueil théorique de 300 élèves. Je demande à un gamin de dix ans de m’épeler son nom. Confus, il se tortille pour m’avouer ne savoir ni lire ni écrire. C’est que les élèves, il faut d’abord les arracher aux travaux des champs où ils sont réquisitionnés comme main d’œuvre d’appoint par des parents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Quand on n’élève pas un drapeau blanc au-dessus d’un tunnel d’extraction de saphir pour signaler un ensevelissement définitif. Pour une fois que l’école n’est pas trop loin du village, j’apprends aussitôt que les gosses des dix autres hameaux alentour doivent marcher une heure pour rejoindre ce chef-lieu du savoir.
Au plaidoyer de scolarisation, les parents répondent par une suggestion de cantine scolaire. Dans notre réalité du tiers-monde, l’école, c’est d’abord la chance d’un réfectoire subventionné. Un père de famille, qui s’improvise porte-parole de la misère de tout le monde, avoue ne pas avoir mille francs à donner chaque jour pour le repas de son fils qui monte dans l’ascenseur social de l’éducation.
Tanandava, aucune prise murale en vue, pas de lampe au plafond, l’électricité y reste à inventer. Au tableau noir, côte-à-côte, des textes en tandroy et bara. Les autochtones sont chargés d’expliquer à leurs condisciples betsileo. Que l’éducation changera leur monde.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4288 du 18-04-2009