Dans le fokontany d’Anketrake, un quartier habité par le clan des Ambolavà, se déroule tous les deux ans la grande cérémonie de circoncision collective dénommée « savatse ». La tradition est respectée malgré les vicissitudes de la vie quotidienne.
Les conditions sociales de la population et la cherté de la vie, conjuguées à l’apparition de certains phénomènes sociaux, n’ont pas bousculé les traditions et les coutumes des Ambolavà d’Anketrake.
Pour preuve, du 18 au 21 décembre, 151 enfants ont été circoncis. Ils entrent alors dans le monde des adultes et sont adoptés par la tribu des Ambolavà. Seule particularité cette fois-ci : la restriction de certaines pratiques en pareille circonstance, crise économique et situation politique obligent.
A Toliara toutes les occasions sont prétextes à la fête, d’autant plus qu’elles sont rares. Même chez les Vezo d’Anketrake, la circoncision collective du « Savatse » dure quatre jours dans une suite ininterrompue de « jihe » (danses) et de chants folkloriques autour du Hazomanga. Ce pieu sacré, matérialisé par un faisceau de piquets taillés en pointe, constitue le lien unissant tous les membres vivants et morts d’un même clan.
La fête mobilise des milliers de personnes venues de tout Toliara et de ses environs, pendant laquelle les Ambolavà s’explosent totalement. La cérémonie s’accompagne de danses et de chants folkloriques, et ce jour et nuit sans interruption.
Partout, le « beko » et le « kolondoy » sont scandés, ces chants cadencés des femmes, ou « sevake », accompagnés par le tam-tam des tambours, ou « amponga », et la clameur de l’« antsiva », la conque marine.
Les « somonjara » et « mpamaraky », autrement dit les jeunes filles et les jeunes hommes, effectuent sans cesse des danses endiablées au rythme soutenu et infernal du « tsapiky ».
« Anaran-tane Anketrake, laha mbo savatse avao ty ao tsy rebake » fredonne le chanteur Jocelyn de Tsiok’Atimo dans son album intitulé « Toliara ». Il vante ainsi le mérite du « savatse », car pour lui et les natifs d’Anketrake, ce village dépasse les autre en termes de circoncision collective.
De fait, dès qu’on évoque Anketrake, le mot « savatse » vient automatiquement à l’esprit. Il apparaît comme une fierté pour les Tuléarois et surtout pour les natifs du village, et ce par amour et respect de la tradition.

Tradition et dépenses inutiles
« Nous reconnaissons que la vie est de plus en plus dure. Ce qui ne facilite pas l’organisation d’un tel évènement, mais par amour à nos valeurs culturelles et ancestrales, nous restons jalousement attachés à notre tradition », a expliqué Séraphin Tandrify Momaly, un natif d’Anketrake.
Autre motif de fierté du clan : l’histoire nous rappelle que c’est une femme, du nom de Voahilo, issue des Ambolavà que le roi Masikoro Rebiby a pris pour épouse.
Lors d’une réunion préparatoire du « savatse » avec le chef de clan et l’ensemble des comités du village, plusieurs thèmes ont été évoqués. Les participants ont déploré certaines dépenses faramineuses consenties dans la célébration du « savatse ».
«Dans le but de mettre un terme à certaines pratiques nouvelles néfastes qui se sont infiltrées dans nos traditions et coutumes, et en contradiction avec nos valeurs sociales, l’ensemble des notables de la localité a décrété une certaine rationalisation des modes de célébration de la circoncision collective», a déclaré Romain, chef de clan des Ambolavà.
Il est ainsi question de minimiser les dépenses qualifiées d’«inutiles» à cette occasion. Par ailleurs, la confection de tee-shirts avec comme motif «Savatse Ambolavà» a été accueillie favorablement par le comité.
Autre nouveauté, c’est l’absence cette fois-ci de coups de fusil en l’air au cours de la cérémonie. « Cette année le chef district de Toliara I nous a prié de ne pas employer le fusil de chasse pour recevoir les Mpanenga, ou donateurs pour leur rendre les honneurs, compte-tenu de la situation prévalant dans notre pays actuellement», souligne le chef de clan.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4281 du 09-04-2009