Au début du siècle dernier, le vieux roi des Bara Impoiniery meurt. Ces derniers se réunissent par milliers pour célébrer ses funérailles. Pas moins d’un millier de zébus sont abattus tout le temps précédant l’enterrement. De même, tambours, cris et chants se font entendre jour et nuit.
Les pasteurs Röstvig et Lars Vig font alors état d’assertions qu’ils ont apprises par ouï-dire. «On affirme qu’une personne a été abattue discrètement. Une des femmes du vieux roi a disparu de façon mystérieuse. Il y a 75 femmes devenues ses veuves dans le grand harem, et le chagrin est bien plus grand pour la sœur disparue que pour l’époux décédé».
Les deux missionnaires expliquent la vraisemblance de ce meurtre par la «pratique bien connue» de donner aux rois décédés des femmes pour les accompagner dans l’autre monde. «On tuait aussi plusieurs esclaves pour qu’ils soient à leur service après la mort. Il est vrai qu’on ne lui a pas encore envoyé des domestiques, mais on trouvera sans doute bientôt le moyen de lui en envoyer un ou plusieurs. Quelques précautions sont maintenant nécessaires pour des opérations semblables puisque l’administration française ne les tolérerait pas».
Il «semble établi» que les frères et fils du roi aient eu des conversations à ce sujet tout de suite après sa mort. Mais personne n’a de soupçons avant qu’on apprenne la disparition d’une jolie femme, sa favorite.
Personne n’ose pourtant en toucher mot aux Européens, car la crainte du courroux du défunt est peut-être encore plus grande maintenant que de son vivant, car il est très redouté de son peuple. «Et il saurait sans doute envoyer une vengeance terrible à celui qui aurait l’audace de rapporter à ses ennemis mortels, les Français, qu’il avait épousé une femme après avoir quitté ce monde».
Les meneurs dans cette affaire ne seraient autres que les princes héritiers qui, à leur tour, dépendent de l’autorité des sorciers. Ces derniers auraient déclaré que le vieux Impoinimery a exigé absolument que sa femme bien-aimée lui soit envoyée.
Parallèlement, les autres épouses du défunt sont traitées comme du bétail. Elles sont en effet «la propriété des héritiers» comme les 10 000 boeufs du bétail, «dont les plus âgées ont des cheveux gris et les plus jeunes
sont des gamines de 12 ans. Impoinimery en avait fait une bonne provision surtout pendant les dernières années de sa vie».
Les princes héritiers vont donc se partager ces femmes comme les esclaves. «Les unes deviendront les épouses de leurs nouveaux maîtres, tandis que d’autres seront données en présents à des amis». Elles n’auront qu’à se soumettre alors qu’elles ont été choisies par le vieux roi dans les meilleures familles du pays.
«Mais les pères et mères ne peuvent rien pour sauver leurs filles de l’avilissement, dès l’instant où le roi s’en était emparé. La moindre démarche de leur part causerait une ruine certaine pour tout le clan».
Révolté par «tant de barbarie», Lars Vig enquête pour savoir si les Français ont pleine connaissance de ces coutumes et lois. Mais «les Bara cherchent autant que possible à les tenir dans l’ignorance. Je ne peux imaginer qu’ils aient toléré une telle loi sur les successions ou distributions de femmes après la mort d’un roi».
Effectivement, l’administration coloniale a déclaré «la libération et l’indépendance» des femmes. C’est loin d’être suffisant. «Les femmes et leurs pères craignent d’être assassinés s’ils profitent d’une telle liberté. Et tout continue à marcher à la manière ancienne».
Lars Vig et Röstvig accusent les devins, «prêtres idolâtres», d’être la source du mal en perpétuant le culte des ancêtres. «Les devins étaient généralement astrologues et sorciers, exerçaient une influence dominante sur les Malgaches des temps anciens comme parmi les Bara et tribus païennes de nos jours.»

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4277 du 04-04-2009