Ce professeur en économie à l’Université d’Antananarivo parle des impacts de la crise politique sur l’économie.
• Quelles sont les conséquences de la crise politique sur l’économie ?
La crise politique est automatiquement suivie d’une récession économique. La baisse de la production entraîne une hausse des prix, car l’excédent de demande par rapport à l’offre dope le niveau des prix. Avec la baisse des exportations malgaches, en particulier le tourisme et la fermeture des zones franches, la balance commerciale risque de se détériorer sérieusement. La crise financière mondiale affectera également les demandes en vanille, produits halieutiques, et litchi, lesquels sont des produits de luxe dont les pays développés se passeront momentanément. Il en résultera un déficit de la balance des paiements et une dépréciation de la monnaie. Apparaîtront alors des attaques spéculatives si les opérateurs se rendent compte de l’impossibilité d’une défense du régime de changes flottants par la Banque centrale.

• Des partenaires financiers ont suspendu leurs aides. Madagascar peut-il suvrivre à cette forme d’autarcie ?
Le gouvernement aura à faire face à deux principales difficultés, à savoir la baisse du pouvoir d’achat des Malgaches et les problèmes de la Trésorerie publique. Pendant la durée de la transition, les bailleurs de fonds traditionnels rechigneront à financer des projets. Seules les aides humanitaires alimenteront les transferts. Une partie importante des dépenses publiques devra trouver un instrument de financement autre que les recettes fiscales ou le financement extérieur. Vivre en autarcie pendant 24 mois n’est pas chose facile.

• Et les recettes fiscales ?
Du point de vue des finances publiques, les recettes fiscales chuteront de manière drastique, puisque certaines PME et PMI en difficulté seront dans l’obligation de fermer leurs portes. Les importations diminueront, à cause de la récession économique. Les entreprises importeront moins d’intrants et de biens d’équipements. Les recettes douanières s’en ressentiront.

• Quelles sont les solutions pouvant être entreprises ?
La création de Bons du Trésor à 2, 3 et 5 ans pour les projets publics à long terme et l’augmentation du taux des avances de la Banque centrale pour les besoins de Trésorerie pourraient représenter des solutions. Une autre voie s’apparente à un financement monétaire des dépenses publiques. Les autorités de la transition pourraient d’ailleurs s’atteler dès maintenant à la création d’un vrai marché financier dont le noyau serait un marché des matières premières (vanille, litchis,…), et un marché secondaire (pour les Bons du Trésor), ainsi qu’un marché à terme pour les devises.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4274 du 01-04-2009