Vu avec la distance, sinon le recul, depuis l’étranger, le psychodrame de Madagascar en devient presque irréel. De tous les sentiments – honte, incompréhension, indignation – c’est l’incrédulité qui l’emporte.
Les Malgaches de la diaspora, les Étrangers de rencontre, les « spécialistes » pays, ne comprennent pas comment une crise politique survient aussi cycliquement, comment d’un dialogue longtemps possible on en est arrivé là, comment le pouvoir d’État peut passer en quelques semaines d’une invulnérabilité omnipotente à un vaudeville dont on peut se demander si l’usurpation n’est finalement pas juste satirique.
Faut-il rire ou pleurer ? Faut-il se moquer ou condamner ? C’est un vrai coup d’État ou un épisode d’Iznogoud ? De l’étranger, on n’entend pas les radios partisanes s’égosiller. La presse écrite, sur papier ou on-line, présente l’avantage de la distance, encore une fois, et autorise le recul indispensable à la lucidité. Ce qu’on parcourt alors sur Internet, contradictoire, parcellaire, subjectif, restitue paradoxalement l’image d’une réalité complexe et d’une situation apparemment inextricable.
Où en est la situation ? Incertitudes. Comment tout ça va-t-il se décanter ? Incertitudes. La seule certitude est que personne, pour ou contre Marc Ravalomanana, ne semble en mesure d’en avoir, de certitudes. On ne peut cependant continuer indéfiniment à voir se regarder en chiens de faïence la foule des uns et le « vahoaka » des autres. D’aucuns se complaisent dans ce bras-de-fer, par incapacité congénitale à concevoir le pouvoir dans des institutions formelles et par empathie viscérale pour les mouvements de foule et les mobilisations de rue. D’autres attisent la confrontation faisant le calcul d’une lassitude qui finirait par profiter à une troisième voie. La grande majorité silencieuse, dont certains de ses membres ont sans doute rejoint le mouvement de défense de la légalité constitutionnelle, celui qui leur était idéologiquement le plus proche puisque le statu quo profite d’abord à l’ordre établi, continue d’aspirer à vivre simplement normalement.
Sortir par le haut de cette crise, c’est recouvrer une supériorité morale. Personne n’a le droit de devenir le problème de son pays. Personne n’a le droit de prendre en otage tout un pays simplement pour se prouver sa mégalomanie et son narcissisme. Le « vahoaka » est partout, se démultipliant paradoxalement parce que parcellaire : sur la Place du 13-Mai, d’avant le 21 mars ; devant le Palais d’Iavoloha, jusqu’au 17 mars ; à Ambohijatovo et sur la Place du 13-Mai, depuis le 21 mars. Combien est le « vahoaka » d’Alain Ramaroson, combien est le « vahoaka » de Constant Raveloson : c’est ce que le référendum proposé par Marc Ravalomanana aurait permis de déterminer précisément, permettant à la majorité silencieuse de voter et d’accepter le verdict des urnes.
C’était la solution la plus élégante, celle qui laissait l’honneur sauf. Nous avons honte, à l’international. Et l’autodérision ne guérit même plus de cette sourde commisération.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4272 du 30-03-2009