Plus que dans les contes mythologiques, c’est dans les proverbes qu’apparaît l’idée malgache de fautes et châtiments.
« Ce qu’on fait se retourne contre soi», disent les anciens. Le châtiment suit toujours la faute et si on n’en prend pas garde, «on bute sur un galet glissant et on tombe». De même aussi insignifiante qu’elle puisse paraître, la faute est capable «de renverser un bœuf». Autrement dit, l’homme le plus solide et le plus puissant peut être renversé à cause d’une faute commise.
Le châtiment qui frappe le coupable, est infligé par l’autorité publique, voire directement par Zanahary et les ancêtres. Si la punition provient de Dieu, «elle ne marche pas à nos côtés de façon que nous puissions demander le passage». Ce châtiment se présente principalement sous forme de maladies qui peuvent facilement devenir mortelles car «la faute n’apparaît que lorsqu’on tombe malade». En outre, il n’est pas toujours possible pour l’homme de se libérer de sa culpabilité. On ne peut pas la fuir, on ne peut pas l’esquiver car «elle nous suit comme un chien».
Toutefois, on n’est pas absolument sans ressource. On peut soit implorer le pardon soit obtenir qu’un autre l’enlève. «La faute est comme la sueur entre les omoplates qui n’est pas à portée de main» et on doit «emprunter» une autre personne pour l’essuyer. Si la culpabilité est due à des actions mauvaises ou imprudentes par lesquelles on a fait tort à autrui, on doit l’avouer et demander pardon à la victime. Ainsi elle est «transformée en justice». Car les anciens peuvent difficilement imaginer que l’offensé, dans un tel cas, refuse son pardon à celui qui l’implore humblement.
Il est de coutume autrefois que celui qui est «coupable envers le royaume» essaie d’approcher le monarque devant lequel il se prosterne pour implorer son pardon. C’est-à-dire qu’il se rend pratiquement à la merci du roi qui doit faire ce qu’il estime juste et bon : le frapper avec le dos ou le tranchant acéré d’un couteau. Ce sont surtout des personnes qui ont commis un homicide ou d’autres qui, dans «un état d’excitation», ont perpétré un délit qui sollicitent la grâce du souverain.
Mais si la faute est comme «la sueur entre les omoplates», on ne peut en être déchargé par une seule demande de pardon. Il faut autre chose de plus efficace. Une autre personne doit l’enlever: le «Saint», devin, médecin et sacrificateur à la fois, qui seul possède une «main si capable» qu’il peut «chercher la faute, obliger le malheur et le mal à demeurer isolés, les plonger jusqu’au fond de la cascade et les couvrir de pierres qui ne peuvent être enlevées».
Dans chaque cas, le «sikidy» indique les moyens à employer pour y réussir. Mais en ce qui concerne la «faute originelle», un conte du Betsileo du Nord (Vakinankaratra) affirme qu’elle est la conséquence de la désobéissance humaine. Ce conte rappelle l’arbre de vie du jardin d’Eden. Un arbre feuillu, raconte-t-on, pousse dans la cour de l’homme. Dieu a mis tout autour beaucoup d’aliments autour de l’arbre, mais il défend aux hommes d’en manger. Ce qu’ils font cependant et l’arbre disparaît. Alors la mort pénètre dans le monde. Les hommes cherchent l’arbre et le découvrent près du soleil. Ils mobilisent toutes leurs forces pour ramener «l’arbre du charme de vie» comme on l’appellera plus tard.
Mais tous leurs efforts demeurent vains. Ils vont donc à Dieu et «demandent humblement et instamment que l’arbre leur soit rendu afin d’être débarrassés de la mort». Mais Dieu refuse de les écouter se contentant de dire que c’est impossible. Il ne reste plus aux hommes que d’accepter l’inévitable car Dieu est souverain. Comme les maîtres, il peut «mettre à mort ou entretenir la vie». S’il exige la vie d’un homme, ce dernier, s ‘il est malade, ne peut être sauvé que si un autre meurt à sa place. C’est cette idée qui domine le rite du «taha», un sacrifice sanglant.
Un autre dicton traduit l’égoïsme que certains montrent dans cette pratique de substitution. «Si je suis malade, tuez un parent; si un parent est malade, tuez un bœuf». Expression qui, selon les anciens, explique que le sacrifice de substitution touche soit un homme libre d’un rang social inférieur, soit un esclave, soit un animal. On dit aussi que lorsqu’un bœuf est malade, on peut tuer en offrande un mouton, et si c’est le mouton qui est atteint d’une maladie, on peut sacrifier quelque bête de moindre valeur, tel un oiseau.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4258 du 13-03-2009