Parmi les butins de guerre du grand conquérant de l’Imerina, région élargie jusque dans l’Alaotra, le Vakinankaratra voire le Betsileo-nord, les bœufs sont les plus appréciés. Car les bovidés tiennent beaucoup de place dans toute cérémonie coutumière ou rituelle.
Andrianampoinimerina établit des règles dont la transgression coûte au mieux la liberté, au pire la vie. Tout en créant des parcs à bœufs royaux classifiés selon leurs locataires (taureaux, vaches et bœufs rituels, de consommation…) dont l’entretien et les soins mobilisent des centaines de personnes, il incite ses sujets à se lancer dans l’élevage bovin.
Mais c’est à partir de son fils et successeur que les combats de taureaux commencent à s’organiser, mais ne font pas l’objet de paris. C’est sous son épouse que les enjeux sont instaurés (à partir de sa bru Rasoherina, ils sont interdits).
La reine apprécie ce genre de distraction et il lui arrive même de se déplacer à Manerinerina, dans le Tampoketsa, où la chasse aux « ombimanga » (bœufs sauvages sans bosse) se déroule. Cependant, attraper ce genre de bestiau n’est pas de tout repos, alors que « tout soldat qui refuse d’en affronter, recevra un coup de sabre dans le dos ». De surcroît, il ne faut pas blesser l’animal et n’utiliser que des cordes pour le maîtriser : on compte de nombreux blessés et même des morts, tandis que ceux qui en attrapent, sont récompensés.
Quand ils sont domptés, ils sont dressés au combat et avant chaque affrontement, leurs cornes- surtout pour les taureaux royaux – sont recouvertes de fer ciselé et sont bien aiguisées selon leur forme. En général, les combats se déroulent au Rova d’Antananarivo pour la famille royale et les Grands du royaume, à Antehiroka et Ambohitrimanjaka pour les sujets.
Avant chaque combat, on fait aussi boire aux taureaux du « fampisorona » et du « fitsinjo ». Le premier consiste en une eau puisée à une cascade, dans laquelle on verse diverses plantes « fortifiantes et protectrices » que l’on râpe ou brûle. C’est avec ce breuvage que le propriétaire bénit sa bête pour qu’il ne soit ni blessé ni tué par son adversaire. Le « fitsinjo » est à base de « volambato » (mousse, lichen) que l’on fait bouillir dans de l’eau où l’on verse de l’huile d’onction, du « fofy » (instrument pointu pour tracer les raies des cheveux) et du « tsomboraka ». On en fait également boire le taureau afin que « quand son adversaire le voit, il se refuse à tout affrontement et s’enfuie ».
Quand la reine préside des combats, le groupe perdant des parieurs verse 20 piastres aux gagnants; somme qui atteint 30 piastres s’il s’agit d’animaux célèbres. Et si un taureau meurt au cours du combat, la tête et la bosse sont offertes à la souveraine, le reste revenant au propriétaire du vainqueur.
Ranavalona 1ère possède dans son troupeau de combat deux magnifiques bêtes restées invaincues et mortes de vieillesse : Kiambo et Maindambana. Ils se reconnaissent en allant au combat par des fanions rouge pour le premier et noir pour le second. A sa mort, raconte-t-on, Kiambo est recouvert de linceul et porté par des « honneurs » (officiers) jusqu’à l’est du marché d’Anjoma, lieu depuis appelé Ampasanikiambo où l’on creuse sa tombe. Durant son enterrement, on fait tonner une fois le canon et sur sa tombe, on érige une stèle et on plante un mât avec un fanion blanc pour que tous reconnaissent l’endroit.
C’est à Anteza et au Rova d’Antananarivo qu’en général, sont organisés les combats des deux taureaux royaux et leurs adversaires sont triés sur le volet afin que durent les rencontres et le plaisir des spectateurs. Quand ils se déplacent, les autres bœufs sur leur chemin doivent se garer pour éviter qu’ils ne les blessent sinon les tuent. C’est ce qui se passe à Andohalo quand Kiambo rencontre un autre taureau.
En apprenant l’incident, la reine aurait déclaré : « Vous avez bien fait de n’avoir pas fait quitter Kiambo de son chemin. Vous êtes des gardiens de confiance et vous méritez récompense (lamba et pagnes). Quant à sa victime, tant pis pour elle puisqu’elle a refusé de lui céder le passage ». Et son propriétaire n’est pas dédommagé.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4252 du 06-03-2009