Tout le monde en a marre de cette crise. La « majorité silencieuse », qui attendait tranquillement de signifier son congé à Marc Ravalomanana aux prochaines élections présidentielles, ne veut pas d’une perturbation quotidienne sur la Place du 13 mai. Les commerces de l’avenue dite de l’indépendance sont déjà à l’agonie et ils n’ont certainement pas à payer pour une « lutte» aux fondements idéologiques flous.
Malgré les pillages, malgré l’anarchie, malgré le couvre-feu, nous avons essayé de vivre normalement. Les services administratifs fonctionnaient tant bien que mal. Les banques restaient ouvertes. Les stations-service étaient normalement approvisionnées. Les écoles essayaient de respecter le calendrier des vacances et des examens. Malgré tout ce qu’on sait des dysfonctionnements du régime de Marc Ravalomanana, c’est cette résistance inédite de  la « majorité silencieuse» qui empêcha la contestation de mobiliser une masse critique.
Le grave problème de cette confrontation, entre un régime en fin de cycle et une opposition sans grande crédibilité, est l’absence de supériorité morale. En 1972, le général Ramanantsoa semblait incarner un certain prestige à défaut de charisme. En 1991 et en 2002, pour se débarrasser de Didier Ratsiraka, ce fut un aventurisme par défaut. La grande révolution culturelle de cette année 2009 est le refus du manichéisme comminatoire. Tant qu’à faire, puisque l’alternative autoproclamée ne propose pas davantage de projet philosophique que la vision messianique du régime en place, pourquoi ne pas attendre l’échéance constitutionnelle normale de fin 2011 ?
Avec toutes les révélations faites contre les pratiques de Marc Ravalomanana, qu’aucune action de communication n’est venue démentir depuis Iavoloha, une opposition plus sérieuse, mieux organisée et ayant surmonté la tragique absence d’un vrai Chef, devrait pouvoir convaincre les électeurs avec des arguments autres que des tee-shirts, des casquettes ou des concerts gratuits. Toutes les campagnes électorales depuis cinquante ans, que ce soit au niveau national ou au niveau local, ont cruellement manqué de débat d’idées et n’ont porté aucun projet de société, se contentant de flatter les besoins primaires, de désigner un épouvantail et de scander des slogans publicitaires.
En ce début mars 2009, les arguments de la raison semblent déjà relever de la science-fiction. Comment rallier fin 2011 avec un régime autiste et une opposition jusqu’au-boutiste ? Bien que tout le monde ait dénoncé la confusion de l’Église et de l’État, assumée avec arrogance par Marc Ravalomanana, les mêmes en sont actuellement réduits à attendre un miracle de la médiation de l’archevêque Odon Razanakolona. Si les hommes d’église se présentent régulièrement en recours, depuis 1991, c’est un signe supplémentaire de la faillite des partis politiques et des politiciens malgaches. Aucune éducation au processus démocratique, aucun exemple de comportement républicain, encore moins de valeurs ancrées dans la civilisation malgache pour mieux entrer dans la mondialisation. Après la crise, il faudra reconstruire sur ces ruines matérielles, mais surtout morales.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4248 du 02-03-2009