La Fédération des hôteliers et restaurateurs de Madagascar (Fhorm) et l’Office national du tourisme ont sorti un état des lieux du secteur durant ce premier trimestre.
Et on note un taux d’annulation proche de 100% et des taux d’occupation inférieur à 10% au niveau des hôteliers, contre 30% à 40% à la même période en 2008. Mais l’estimation va plus loin puisque des mises en stand by de confirmation de circuit allant jusqu’en octobre 2009 au niveau des tour-opérateurs sont enregistrées. Les conséquences immédiates sont la fermeture provisoire de certains établissements hôteliers et la mise au chômage technique d’au moins 50% de l’effectif, toutes filières confondues. La situation des restaurateurs et des centres de formation en restauration est aussi alarmante, eu égard au couvre-feu et aux hausses récentes des prix des produits de première nécessité. Rappelons que la Fhorm regroupe actuellement plus de 300 membres répartis dans toute l’île et est la plus grande association touristique à Madagascar. Le tourisme est un secteur à fort potentiel de développement et deux années de suite, le secteur a été le premier pourvoyeur de devises devant les secteurs textile et crevettier. Durant le premier trimestre, c’est le tourisme d’affaires individuel qui occupe la première place de ce marché et représente des chiffres d’affaires importants. Ce type de tourisme désigne les déplacements à but professionnel et combine les composantes classiques du tourisme, à savoir le transport, l’hébergement et la restauration. Et Madagascar est habitué à prendre en charge, à la même époque, les conventions d’entreprise et congrès, les foires et salons, les voyages d’affaires individuels mais aussi les réunions ou voyages de stimulation, séminaires et réunions d’entreprises qui entrent dans cette catégorie de tourisme d’affaires. Et même si ce marché est concentré à 70 % sur les mois de mars à juin et de septembre à mi-novembre, ce qui explique le taux d’occupation de 100% de certains hôtels de la Capitale dès le mois de mars, comme le cas pour l’année dernière, c’est durant le premier trimestre que les préparations se déroulent.
Saison 2010 hypothéquée
Face à l’évolution de la situation à Madagascar, le secteur privé du tourisme, estime que 2009 est déjà mal partie, et la conjoncture risque d’hypothéquer la saison touristique 2010. Plus grave pour le secteur privé, les efforts de promotion de la destination entrepris depuis quelques années, qui ont abouti à l’augmentation régulière du nombre de touristes dans le pays seront anéantis. Et justement, ce secteur rappelle également le poids économique du secteur en termes d’emplois directs (25 340 emplois) et de rentrées de devises (393 millions de dollars Us en 2008), et souligne par ailleurs que le tourisme contribue à générer des revenus pour les prestataires spécialisés, les artisans, les transporteurs, les agriculteurs et les communautés locales qui ont développé des services spécifiques pour les touristes. La situation qui prévaut aujourd’hui dans le secteur tourisme, suite aux événements dramatiques récents largement couverts par les médias internationaux, prélude une saison catastrophique si une issue à très court terme à la crise politique n’est pas trouvée.
A court terme, c’est la programmation même de la destination Madagascar dans les brochures des tour-opérateurs internationaux qui risque d’être compromise et hypothèquerait la saison 2010. Face à un marché touristique mondial déjà au ralenti dû à la crise économique et à la concurrence féroce que se livrent les destinations pour figurer dans le rang des pays encore retenus en programmation, il est impératif de revenir à une situation économique normale dans les toutes prochaines semaines. Le secteur privé du tourisme appelle ainsi à une prise de conscience immédiate des conséquences économiques et de la paupérisation de la population que la perduration de cette crise, superposée à la crise mondiale, peut engendrer.
Extrait La Vérité Madagascar – Samedi, 28 Février 2009