Les Chinois commencent à s’installer dans l’île entre 1897 et 1903, lorsque les colonisateurs font appel aux coolies de la région de Canton pour construire routes et voies ferrées. L’expérience est un échec, on doit vite les rapatrier.
Pourtant, certains restent, ouvrent un commerce de détail en brousse dans les régions orientales, font venir leurs parents ou leurs amis. Les hommes étant trop largement majoritaires, beaucoup prennent femmes parmi la population. Ainsi s’explique le grand nombre de Métis sino-malgaches, devenus citoyens malgaches de droit, mais toujours intégrés et bien acceptés dans le milieu chinois.
Les Chinois d’Antananarivo sont avant tout des commerçants de détail dans l’épicerie. « Sa boutique regorge d’objets les hétéroclites et on y achète pour 5 francs d’huile, une cigarette, aussi bien que des lamba ou des laques (parfois de valeur) venant de Hong Kong » (Gérald Donque). Certains tiennent un restaurant de spécialités.
Toute une hiérarchie se voit parmi eux, « depuis celui qui a réussi, dont les affaires prospèrent et dont le magasin, situé dans le centre, clair, aéré est fréquenté par une clientèle aisée jusqu’au petit épicier de quartier, besogneux, végétant dans un secteur à bas pouvoir d’achat ».
Leur communauté se laisse
« difficilement » pénétrer. Au sein de leur Congrégation se règlent toutes les affaires de la communauté sans qu’il soit besoin de faire appel aux administrations ou aux tribunaux officiels (mariages, funérailles, successions, querelles, faillites…)
Le Congrégation est aussi le conservatoire des mœurs et des coutumes chinoises et les fêtes se célèbrent selon les rites. Il existe dans la capitale une école franco-chinoise.
C’est enfin dans la Congrégation que se règlent les dettes de jeu. « Car le Chinois reste un gros joueur. Il n’est pas rare qu’au cours d’une même nuit, lors d’une partie de mah-jong telle boutique change deux fois de mains ».
Commerçants avisés, ne faisant jamais étalage de leur fortune s’ils en ont, ils sont bien acceptés des Malgaches pour leur
« affabilité souriante », les menus services qu’ils rendent. Mais la communauté reste à l’écart des autres groupes, les fréquentant rarement.
Comme tout groupe de personnes, elle a aussi ses problèmes qu’elle cache sous « la discrétion de rigueur ».
Le premier réside dans le choix politique entre la Chine et Formose. Sous la Première république, les Chinois sont officiellement représentés par une ambassade de la Chine nationaliste, mais il est difficile de connaître les sentiments intimes individuels. Mais à l’époque, des bruits font état que des émissaires clandestins, des brochures de propagande communiste circuleraient. A partir de 1972, les rapports malgacho-formosans sont rompus au profit de Pékin. En tout cas, ils évitent de manifester ouvertement leur sympathie pour tel ou tel régime.
Autre grave problème, celui de l’avenir des enfants. Autrefois, le fils ouvre une boutique en brousse avant de revenir s’installer dans la capitale à son propre compte. Plus tard, la saturation du secteur, la concurrence des Indiens et même des Malgaches et la prolifération des enfants rendent difficile cette situation.
« La formation reçue à l’École franco-chinoise reste insuffisante de niveau pour leur permettre d’accéder à des postes salariés élevés ».
L’avenir s’annonce ainsi difficile pour eux. Bien rares pourtant songent à retourner dans leur pays. Une tendance à l’occidentalisation est visible dans la jeune génération « qui fréquente de plus en plus les établissements scolaires officiels, les lycées voire l’Université ».
Quoiqu’il en soit, comme les autres minorités étrangères, leur poids économique et social est considérable.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4246 du 27-02-2009