Alors que la finition du Palais de Soanierana tarde- il ne sera jamais terminé ! – Radama s’attaque à la colline d’Ambohijanahary jusqu’à Fiadanana pour en faire une vallée où construire de belles maisons et où créer un beau champ.
Raser une colline aussi haute et sans engins tue et le comprenant, Radama remet un jour de l’argent aux hommes qui y travaillent et leur accorde la permission de rentrer chez eux «pour laver vos vêtements et rejoindre vos épouses». Il leur suggère aussi de demander aux gens ce qu’ils ne supportent pas en leur roi.
Quand ils reviennent, ils rapportent ce que le peuple se dit. «Les Vazaha ont pris notre force… Ils nous obligent à rabaisser des hauteurs et nous devons creuser dans le roc. Si nous y arrivons, mais y parviendrons-nous ?… Mais qu’a donc fait Laidama de l’argent qu’il a collecté auprès de nous ? Rémunérer les Vazaha qui ne font rien ?…» Certains estiment même que les travaux d’Ambohijanahary doivent cesser. En entendant ces doléances que nul sujet n’osera jamais lui dire en face, Radama décide de suivre cette dernière idée, car «le peuple a raison, il est fatigué». Mais il ne va pas le faire d’un seul coup pour ne pas éveiller les soupçons des Vazaha.
Il rassemble ses sujets et se montre en colère, affirmant que l’arasement de la colline se fera quoiqu’il arrive, puisqu’il a des milliers d’hommes forts. Et d’accuser les uns de vouloir mettre les hommes vigoureux à genoux en les faisant trimer, reprochant aux autres d’interdire à leurs chefs et hauts responsables de participer aux travaux… Il termine son kabary en les renvoyant tous chez eux, chaque territoire ayant une semaine pour donner sa part de main-d’œuvre.
La semaine écoulée, Radama réunit à nouveau son peuple et lui annonce qu’il va procéder au recensement de ses hommes les regroupant par 1 000, 100 et 10 par territoire «pour mieux organiser le travail afin qu’il se fasse de manière plus rationnelle et plus rapide». Mais en fait, il s’agit de donner le change aux Vazaha car les travaux d’arasement de la colline ne dureront pas. Et au bout de 5 jours, le roi offre un repas à tous les responsables des travaux pour leur expliquer toutes les décisions qu’il a prises.
D’abord, la taxe qu’il a collectée par nombre d’esclaves au service de chaque noble ou homme libre servira à acheter diverses marchandises qu’il a commandées auprès des Vazaha. Mais celles-ci tardent à arriver. Radama veut remettre cette somme à différents responsables territoriaux qui se chargeront de la conserver jusqu’à l’arrivée des produits commandés. Ensuite, «vous annoncerez à vos hommes que les travaux d’Ambohijanahary vont cesser». Mais comme les Vazaha ne doivent pas connaître cette décision, l’arrêt des travaux se fera progressivement à raison de 100 hommes par jour et par territoire.
Quinze jours plus tard, Radama rassemble une fois de plus son peuple, à Andohamandry, pour lui remettre officiellement l’argent des marchandises commandées, en lui précisant publiquement qu’il le reprendra dès que les produits seront sur place. Il lui annonce par la même occasion les activités urgentes à entreprendre : couper du bois dans la forêt de l’Est pour accélérer la construction du palais de Soanierana.
À Legros, maître d’œuvre, le roi déclare : «J’ai déjà réparti les travaux à accomplir par mes sujets à Ambohijanahary. Mais auparavant, je les envoie couper du bois pour accélérer la construction du Palais de Soanierana. Car si je ne suis pas sur place, ils feront traîner les travaux à Ambohijanahary».
Finalement, c’est Legros qui arrête tout. Jugeant qu’il perd son temps, il décide de rentrer en France, laissant son adjoint Casimir surveiller la construction d’un Palais qui ne verra jamais le jour.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4235 du 14-02-2009